Agnès Thurnauer, L’amour de la peinture, notes d’atelier

Agnès Thurnauer, L’amour de la peinture, notes d’atelier

Dès le début de ce livre, Agnès Thurnauer met les pendules à l’heure : « Quand je serai morte je ne veux pas qu’on lègue mon corps à la science. Je veux qu’on lègue mon corps à la peinture. Dissolvez-moi. Je souhaite être dissoute en peinture. » A ce titre et d’une certaine façon, elle a déjà tout préparé : poudre et pigment et liant et tempera. Mais elle n’y sera pas enterrée car elle préfère être posée entre deux couches sous un glacis.
Le cas échéant, étant donné son manque potentiel, Les Demoiselles d’Avignon au MOMA peuvent devenir son tombeau : « C’est là que je serai bien, dans mon élément. Il y aura mes tableaux peut-être dans les musées ». Et de préciser : « mais moi je n’y serai pas, je n’y serai plus, je serai dans les tableaux des autres, comme particule ». Toutefois, elle se trompe ou joue la morbide farceuse : son œuvre est devant elle.

Ecrites de 2009 à 2024, les Notes d’atelier d’Agnès Thurnauer participent pleinement de sa recherche et mènent de plain-pied vers le lieu actif de sa création. Cet ouvrage dévoile – au fil des jours, des événements et des rencontres – des pensées, saisies sur le vif, au centre de sa pratique, qu’elle questionne à travers une matière vivante qui abreuve tout son art.
Interrogeant l’activité picturale en tant que langage et l’écriture dans son rapport à la peinture, celle-là est au centre de la recherche d’Agnès Thurnauer depuis plusieurs dizaines d’années. L’artiste poursuit en effet une réflexion qui (re)met en question la façon dont le texte et l’espace entrent en résonance pour modeler un champ de représentation. Il conditionne le regard et, par exemple, celui porté sur la femme et sa place dans le milieu de l’art, sujet particulièrement mis en lumière dans son travail. Tissant avec les mots un lien étroit et constant, elle les inscrit au cœur de son œuvre dans un rapport sensible, dont ces notes sont une nouvelle manifestation.

L’écriture des Notes n’est ni justification ni explication, mais matière, médium. Elle communique, elle traduit, elle transporte, elle est hybride et aliénable. Elle a la beauté de la vie qui court dans le jour, pensive, mélancolique, joyeuse, intempestive. Elle est la vie même de l’atelier. La créatrice ne pourrait pas faire sans elle. L’amour des mots n’y est pas intemporel comme parfois la peinture. Il est une recherche aux prises avec l’énergie et la fragilité de et comme tous les jours.

Agnès Thurnauer, L’amour de la peinture, notes d’atelier, L’Atelier contemporain, Strasbourg, 2025, 368 p. – 25,00 €.

Laisser un commentaire