A. Jodorowsky (scénario) & Das Pastoras (dessin), Castaka – Tome 1 : « Dayal, le premier ancêtre »
Qu’y avait-il donc qui précédât les fameux Méta-Barons ? Voici un nouveau cycle d’albums qui lèvera le voile…
Qui ne connaît pas La Caste des Méta-Barons d’Alexandro Jodorowsky et Juan Gimenez, cette famille de guerriers superpuissants élevés à la testostérone et aux mutilations en tout genre ? Car avant de se proclamer Méta-Baron, le plus fort de tous les guerriers (…), encore faut-il s’entraîner à supporter la douleur, tenter de tuer son père à sa majorité ou encore regarder sans broncher une partie de son corps se faire écraser ou arracher : Othon est castré, Aghnar n’a pas de pieds et Tête d’acier pas de tête ! Des histoires sordides que se racontent deux robots complètement déjantés pour passer le temps en attendant le retour du dernier Méta-Baron, chacun y allant de son commentaire avisé : Biomerde ! J’aimerais avoir deux couilles pour pouvoir m’en mordre une.
Jodorowsky récidive donc avec Castaka, une nouvelle série qui n’est autre que la genèse de La Caste des Méta-Barons. Dans ce nouveau cycle, c’est au tour de Bérard, le beau-père d’Othon (le futur premier Méta-Baron !), de nous raconter les aventures de leurs aïeux. Nous voilà partis sur Ahour-la-Naine, une petite planète sur laquelle les Castaka et les Amakura se livrent une guerre sans merci. Mais le jour où le roi des Amakura enlève et viole la reine des Castaka, tous ceux de son clan se retrouvent condamnés à une mort certaine. De cette union forcée naîtra Dayal, seul héritier des Castaka malgré ses origines troubles, et premier ancêtre des futurs Méta-Barons…
Depuis le tout premier tome de La Caste des Méta-Barons, la virilité et la stérilité sont les problématiques phares de cet univers futuriste. Chaque guerrier doit trouver une femme digne de lui pour donner naissance à un héritier mâle, car seul un homme peut être déclaré Méta-Baron. Or à chaque nouvelle génération, la survie de la caste est mise en danger. Othon perdra son membre en sauvant la galaxie, Aghora naîtra homme dans un corps de femme. Dayal, le nouveau venu de cette charmante petite famille, est quant à lui le dernier homme sur Ahour-la-Naine à pouvoir procréer. Il devra donc avoir plusieurs rapports par nuit pendant des années et des années pour donner naissance à un maximum d’enfants. Qu’il s’agisse de tuer ou de transmettre la vie, le corps est toujours montré comme un instrument de violence, et le seul contact tendre que Dayal connaîtra sera la morsure faite par sa mère à sa naissance…
Difficile de passer après Juan Gimenez et son univers graphique trouble et fascinant en couleurs directes. Das Pastoras ne s’en sort tout de même pas trop mal dans le style, même si on a parfois du mal à reconnaître les personnages, tant leurs traits diffèrent d’une planche à l’autre. Jodorowsky nous entraîne une nouvelle fois dans les replis ténébreux de son imagination aussi violente que féconde. Même si la structure narrative et les problématiques restent sensiblement les mêmes, Jodorowsky réussit à éviter l’impression de déjà-lu et apporte une nouvelle touche d’horreur à cette généalogie morbide. Âmes trop féminines, s’abstenir.

NB – Pour mémoire, voici le détail de la série La Caste des Méta-Barons, scénarisée par Jodorowski et dessinée par Gimenez (publiée également chez les Humanos) :
– Tome 1 : « Othon le Trisaïeul » (11/1992)
– Tome 2 : « Honorata la Trisaïeule » (11/1993)
– Tome 3 : « Aghnar le Bisaïeul » (08/1995)
– Tome 4 : « Oda la Bisaïeule » (04/1997)
– Tome 5 : « Tête d’acier l’Aïeul » (10/1998)
– Tome 6 : « Doña Vicenta Gabriela de Rhoka l’Aïeule » (09/1999)
– Tome 7 : « Aghora, le père-mère » (01/2002)
– Tome 8 : « Sans nom, le dernier des Méta-Barons » (12/2003)
Pour couronner la série, un album que tout fan se doit de posséder : La Maison des ancêtres, paru en 2000.
sophie aigrot
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A. Jodorowsky (scénario) & Das Pastoras (dessin), Castaka – Tome 1 : « Dayal, le premier ancêtre », les Humanoïdes Associés, mars 2007, 56 p. couleurs – 12,90 €. |
