Igort & Massimo Carlotto, L’Alligator – Dis-moi que tu ne veux pas mourir

Igort & Massimo Carlotto, L’Alligator – Dis-moi que tu ne veux pas mourir

L’Alligator, personnage-clé dans l’œuvre de Carlotto, revient dans un scénario inédit, sous le trait stylisé d’Igort.

Parce qu’il a fait partie des Old Red Alligators, un groupe de blues, Marco Buratti, un privé italien, est surnommé L’Alligator. Parce qu’il a croupi quelques années en prison, ce même Marco Buratti a perdu sa voix et ses illusions. Entouré de deux compères, amis indéfectibles, Max-la-Menace et Beniamino Rossini, il arpente les villes d’Italie pour retrouver des tableaux volés, des mallettes égarées. Cette fois-ci, il doit débusquer une femme de 40 ans, Joanna, qui a fugué pour le continent et Paris, à la recherche de la gloire que sa ressemblance avec une chanteuse de variété et son talent pour jouer les sosies pourraient lui apporter. Sainas, son riche amant, est convaincu qu’une fois retrouvée, elle reviendra vers lui. La piste conduisant à Joanna est assez facile à suivre. Elle mène jusqu’à un cabaret où la chanteuse entre en scène chaque nuit. C’est une Joanna dépitée qui revient au bercail non sans avoir fait l’amour avec L’Alligator pour pouvoir le raconter à Sainas et le faire enrager. Joanna, toujours elle, refait surface dans la vie de Marco Buratti, à la mort de son amant. Elle souhaite qu’il découvre qui l’a tué, non par vengeance, mais parce que la police est convaincue qu’elle est la coupable. La raison impose à L’Alligator de refuser, son cœur accepte. La mafia semble au cœur de l’imbroglio. D’autant que Sainas a doublé un ex-agent de la brigade financière et qu’un milliard de lires a disparu. La veuve et la fille de Sainas cachent une partie de la vérité. Rossini s’emploie fermement à découvrir certains pans cachés de Sainas. Mais la vérité est bien prosaïque et L’Alligator s’égare.

Massimo Carlotto s’est imposé ces dernières années comme l’un des chefs de file du roman noir italien. L’Alligator est un de ses personnages, qu’il met en scène, ici, dans un scénario inédit. Igort, dans un montage puzzle, réalise des planches en bichromie d’une splendeur telle qu’elles mettent en avant la poésie de la plume de Carlotto. Noir et bleu ciel prédominent dans ces pages d’où le texte est parfois totalement absent. Les mouettes parsèment l’œuvre et rappellent furieusement celles que voit se dessiner dans le ciel Corto Maltese. Une médaille d’or olympique rêve de s’échapper de la poigne de L’Alligator pour mieux rencontrer une disparue. L’onirisme se confond avec la réalité, et la noirceur des idées de Buratti, son funeste destin, sont d’autant mieux montrés que le travail d’Igort esquisse ou peaufine son trait, selon ses humeurs. Et si on n’aime pas cette bande dessinée, ce n’est pas parce qu’on a rien compris aux femmes, comme peut le dire Rossini à L’Alligator, non, c’est qu’on a rien compris à l’art.

 

 

julien védrenne

   
 

Igort & Massimo Carlotto, L’Alligator – Dis-moi que tu ne veux pas mourir (trad. de l’italien par Laurent Lombard), Casterman coll. « Écritures », avril 2007, 144 p. – 12,95 €.

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