Arnaud Le Gouëfflec & Obion, Vilebrequin
Vilebrequin est un monte-en-l’air de première qui projette de nous narrer son expérience et une aventure atypique.
Vilebrequin a sans doute découvert sa destinée en s’alimentant de romans policiers. Nul doute qu’Arsène Lupin est devenu son mentor. Chez les monte-en-l’air, il y a les adpetes du cuir, craquant et donc bruyant, puis ceux qui, comme Vilebrequin, préfèrent le latex. L’expérience du latex lui vient d’une leçon de plongée, comme quoi, tout est profitable. Ce qui est bien quand on se retrouve face à un coffre-fort, c’est qu’il y a à la fois le challenge de l’artiste et l’incertitude quant à son contenu. Car, bien souvent, c’est l’endroit le plus secret, le plus intime, de ses propriétaires. Quand on est de la haute, comme Vilebrequin, on se doit d’avoir un métier de façade. Lui, est trompettiste de jazz. Enfin, c’est quand même la pire des façades, puisqu’elle est 100 % virtuelle. Quand on est, de plus, un esthète, on a un ennemi implacable. Lui, c’est le prince de Lignes, dont il connaît par cœur les moindres meubles, coffres et recoins de son appartement. Sa rencontre atypique avec une éponge dans un coffre vierge de toutes valeurs va obnubiler Vilebrequin. Victime d’un confrère malhonnête, il va même se retrouver derrière les barreaux. Là, il rencontre d’anciens coreligionnaires. L’un d’entre eux lui parle alors d’un Maxwell TH456, la perle des coffres, et de ce qu’il contient : des centaines d’éponges. Pour Vilebrequin, s’il veut connaître la solution à son énigme, cela passe par une évasion hardie qu’il s’empresse de mener à bien. Tout ça sans se douter qu’il fonce alors tête baissée dans un piège machiavélique dressé par son meilleur ennemi.

Vilebrequin fait une entrée remarquée, ce qui est le comble chez un cambrioleur, dans la collection « KSTR ». Le graphisme accrocheur, selon les termes de l’éditeur, prend toute son ampleur dans des cases en noir et blanc teintées d’un humour ravageur. Alternant présent et passé, le récit, plutôt simpliste ou simplifié, n’est ici qu’une excuse pour distiller toute une gamme de mini-scénarios drôles et touchants à la fois retraçant les aventures d’un gentleman monte-en-l’air qui sombre néanmoins dans la routine et souffre de troubles psychologiques certains. Le rire est l’apanage des tristes. La solitude profonde de Vilebrequin, son absence d’attache et son manque de ressorts en font un personnage beaucoup plus abouti qu’il n’y paraît au premier abord. Si l’homme fume le cigare, c’est d’une cigarette qu’il renaîtra. Et c’est son ultime pied-de-nez à notre société lyophilisée.
julien védrenne
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Arnaud Le Gouëfflec & Obion, Vilebrequin, Casterman coll. « KSTR », juin 2007, 136 p. – 9,95 €. |
