Le clown (et son théâtre)
Pour tout romancier, l’amour est à peine un prétexte et juste un récit d’hypothèse vague. C’est toujours du Stendhal ou du Proust. Sa seule promesse est de renoncer à ce que fait la vie : il écrit. En rupture avec l’existence et pour lui donner du change. Reste un monolithe, étranger à toute subjectivité altière, un compte de faits inventés.
Rencontre, déclaration, promesses, serments, projets communs, vie commune : aucun écrivain ne peut le tenir. Il épouse ses envies, son emploi du temps en parfait cynique. L’ego le soutient, pire l’encourage surtout si un éditeur ou l’IA corrige son livre. Bloc viril de béton et en absence d’empathie, sa seule jouissance est de griffonner depuis le brouillard de son intériorité. Manipulé par son narcissisme, sa puissance se limite à construire illusions perdues et promesses défaites. Et même s’il a une maîtresse – pour que son corps exulte – , il reste marionnettiste.
jean-paul gavard-perret
Photo : Pixy Liao