Ivre S ?
(Pas sages)
Lilith serpente auprès son ombre tandis que Méduse reste rétive à la confusion des affects et à leur communion. Mains égarées dans une songerie reine, elles s’affrontent sur un damier. Leur famine ripaille, l’insouciance efface ses marelles, la rosée noircit, les mots butent à cloche-pied, les légendes roulent leurs chimères. L’une est l’allongée dans la guerre secrète et le chant des souffles. L’autre reçoit, celle qui la traverse et sent qui elle est. « Sois mon écorce tu te sauras. Tu auras là de toi connaissance interdite. »,dit-elle.
Soudain, la Chanoinesse a quitté son lutrin. Bure trouée, sa peau cherche l’ivresse pour trouver la racine de leur inversion. Les deux se faufilent dans l’irrationnel, en devenant otages l’une de l’autre. Leurs caresses se faufilent dans la torsion des flammes. L’ascèse est ébréchée. Leurs doigts de sel et de soie tremblent et se joignent à la douane des chimères. « Défais mes liens », dis l’une et son regard l’ordonne. Mais celui de l’autre glisse : il est impénétrable. Ce qui ne retranche rien. Mais n’ajoute pas plus.
jean-paul gavard-perret
Photo : Yves Tremorin