Dante, Œuvres poétiques
Mouvements souterrains
Spécialiste de Dante, Jacqueline Risset donne toute la lumière complexe des livres et en particulier la composition de La Divine Comédie (qu’elle avait déjà traduite). Ce qui nous permet d’entrer dans un labyrinthe comme le laisserait d’abord penser l’apparence du texte. De plus, l’auteure présente aussi des décrochages sans isoler des fragments ou des bribes.
Cette traduction n’est pas le squelette de l’œuvre mais sa chair, y compris pour questionner l’ordre de la langue (« Ah ce génie des langues à percer d’ambiguïté les choses », dit-elle). Son écriture est autre qu’une traduction puisque chaque phrase cherche à faire exister quelque chose plus qu’à exister. Certes, tout s’ancre dans la poésie de Dante mais ici elle se reconstruit au-dessous du volcan, et entre dans cet ensemble.
Dans la folie prédatrice de rejoindre Dante, reste ici son propre corps perdu — car c’est bien du corps qu’il s’agit : corps amoureux et « corps » de la langue. Et dans une telle faim, les textes dansent. Tout l’extérieur est absent.
jean-paul gavard-perret
Dante, Œuvres poétiques, traduction de Jacqueline Risset, Flammarion, 2026, 880 p. -30,00 €.