Anne de Commines chamane et/ou initiatrice (L’infiguré) – entretien  

Anne de Commines chamane et/ou initiatrice (L’infiguré) – entretien  

Pour Anne de Commines, les amours ne se racontent pas, elles s’installent. Elles posent leur poids exact dans une journée, comme une main sur une fièvre, comme une lampe que l’on n’allume même plus tant elle est devenue la clarté et c’est sa poésie qui l’illumine. Dès sept ans, elle a commencé ainsi. Dans l’éblouissement et la certitude de l’écriture. Elle est venue avec son silence et a beaucoup rayonné. Sa douceur n’implorait rien. Juste de la souveraineté tranquille sans même plus avoir à prouver son existence mais plutôt celle du monde. Une telle auteure donne mais elle n’est pas une possession : elle reste une frontière qui accepte de s’ouvrir. Dans son travail à quatre mains, elle s’accorde à l’autre comme on entrouvre une porte sur une chambre chaude. Mais elle cultive celle du vivant.

Entretien :
 
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’élan, l’énergie de vie, la fougue et l’envie d’écrire ou de communiquer, créer du lien
 
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils sont accomplis : je suis née avec une propension aux mots et une aisance à la poésie et j’ai écrit dès l’âge de 7 ans.
 
A quoi avez-vous renoncé ?
A une totale immersion dans la spiritualité. En chemin conscient depuis l’adolescence, j’ai été atteinte et traumatisée par l’exercice d’une redoutable magie noire vers 40 ans.
 
D’où venez-vous ?
D’un milieu où ma mère parlait grec, latin et s’exprimait parfois à l’imparfait du subjonctif. Mon père m’a enseigné la poésie de Saint-John Perse : c’est dire !
 
Qu’avez-vous reçu en « héritage » ?
Une certaine exigence : Mallarmé, Rilke, Camus, Char etc. et une capacité à assumer l’intensité.
 
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Chiner des poètes novateurs et les lire le matin
 
Comment définissez-vous votre vision de la poésie ?
Chez moi, la poésie n’est pas un choix mais une donnée originelle. Elle est un canal initiatique, sacré et symbolique qui convoque le souffle intérieur pour révéler les archétypes et les beautés cosmogoniques. Ecrire est un acte sensible vers le pan éthéré du monde. La poésie n’est pas indispensable mais vitale, c’est une innocence héroïque.
 
Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce livre en couple ?
Par désir d’altérité, j’aime et multiplie ce genre de collaboration. Totalement portée par les photos lumineuses et esthétiques d’Eric Désordre, j’ai tenu à rendre ce commun hommage à Saint-John Perse, missionnaire de l’éclat. 
 
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Les graphes de Lascaux.
 
Et votre première lecture ?
« La comtesse de Ségur », « Le petit prince » et la série policière des « Alice ».
 
Quelles musiques écoutez-vous ?
Des mélodies : d’Elton John à Léonard Cohen en passant par les concertos gainsbourgeois !! « Douze études d’exécution transcendante » de Frantz Litz, les pièce pré-ragtimes de Beethoven ou « Voi Che Sapete » de Mozart.
 
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je n’en n’ai pas un unique : je relis des poètes actuels régulièrement et aime particulièrement Hervé Piekarski, Patrick Laupin ou Philippe Tancelin.
 
Quel film vous fait pleurer ?
« La liste de Shindler »
 
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une femme qui s’accomplit et qui procède plus patiemment aux fulgurances !
 
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A personne, nul ne m’intimide
 
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le château hexagonal et alchimique de Meaulnes en Bourgogne.
 
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez la plus proche ?

Rilke et Saint-John Perse, Zéno Bianu, Nicolas de Staël, Soulages. Chabrol, Hitchcock, Tim Burton.
 
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
De nombreux amis. L’amitié est le sentiment auquel je tiens le plus. Il prime ma vie privée.
 
Que défendez-vous ?
La lumière spirituelle de la conscience. « Au bout de la patience, il y a le ciel » dit un proverbe targui et « le ciel endure le bleu qui reste » écrit Hervé Piekarski
 
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?

Je pense surtout que nous gagnons à sortir du narcissisme. Barbara chantait : à force de m’être cherchée, je t’ai perdu … méfions-nous de ces jeux de miroirs, où l’on n’approfondit pas ce que nous devons célébrer chaque jour qui nous commence et nous renouvelle.
 
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Oui aux vagues de vie, aux projets, en restant soigneusement à l’article de l’humour !!
 
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?

D’où procède la poésie … ? Même Freud l’ignorait, il perlait d’étrangeté poétique. Je pense que nous puisons dans les imaginaux et autres sphères éthériques et subtiles…
 
Entretien réalisé par jean-paul gavard-perret, pour lelitteraire.com, le 11 juillet 2026.
 
 

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