Patryck Froissart, Le joli temps des lolitas
Eclats du passé
Patryck Froissart ré-image sa version « De l’amour » (chère à Stendhal), mais pas n’importe où ni par n’importe qui. «Entre les estaminets du Borinage, les arrière-cours humides, les vergers débordant de sève et les draps froissés des premières initiations », le narrateur grandit parmi bien des mineures mais aussi, des mineurs, des communistes, des buveurs de bière, des femmes plantureuses au milieu des odeurs de tabac, de soupe, de sexe et de terre mouillée », écrit l’éditrice en quatrième de couverture.
Tout se déploie en une coulée verbale des sens là où la langue de Froissart décrit l’insolence de la chair dans des corons wallons noircis par les cendres après la Seconde Guerre mondiale. Le narrateur transforme ses souvenirs en des suites de célébrations par une langue parfois loufoque, drôle, jouissive, riche en patois, argot mais aussi bordée de références historiques païennes.
La fiction mise sur des ivresses et des obscénités mais perce la mélancolie du monde de l’enfance. Le narrateur reprend à sa main une forme de roman de formation sensuelle et de chronique populaire. La vitalité jaillit au milieu des cris, succions, battements du coeur, coups de « bouron » des reins entre compassion, piété, pardon, rupture, étouffement, jaillissement. De jeunes (ou non) femmes, cuisses écartées, sonnent l’envie où se faufilent bien des défis.
Des hommes rient aux nuages, conversent avec elles. Et l’auteur sait écrire jusqu’aux plis de la chair et parfois aux rides. Des noms vacillent dans le craquellement de la parole. Mais quand elle est presque étouffée, elle revient couteau, hache, stylet, instinct et volonté pour sortir des hommes en bloc ou dévorer des femmes.
Le style de l’auteur fait bondir et aviver des faims, surmonte la pesanteur et sait vaincre les rapaces. Chaque femme lutte avec les os, les ongles et les reins à la rescousse. Affleure ici tout ce qui s’écrit souvent très peu du corps, de ses pulsions mais aussi d’un inconscient d’où jaillissent des formes d’angoisse et de regrets au-delà de ce qui fut l’absolu ou de parfaits ratages.
Froissart joue le roué ironique à travers son roman pour évoquer des visions parfois fantasmées, parfois inquiétantes sous les décors du coron. Ce lieu trouve aussi celui où se frotter à divers «volcans» et des invitations à la carte du Tendre pour les pionniers jeunots de l’imaginaire sexuel.
Le tout représenté de manière colorée, explosive, faussement naïve et parfois proche du S.M. Sous une approche joyeuse, les «fantômettes » sont très attirantes et existent des allusions explicites au lac sombre de la psyché, loin des excès « pornographiques» et où le zèle du désir se conjugue parfois dans la litote.
Preuve que, même en amour, il s’agit de suivre des prescriptions dont le créateur énumère complaisamment les codes mais bien plus. A tout lecteur d’en faire son miel en remontant dans le temps, ses gâchis et ses rêves.
lire notre entretien avec le poète
jean-paul gavard-perret
Patryck Froissart, Le joli temps des lolitas, Editions Constellations, 2026, 300 p. – 20,00€.
One thought on “Patryck Froissart, Le joli temps des lolitas”
Dans le titre de l’article, ainsi que dans la référence au bas du texte, prière de corriger Froissart avec t terminal.
Merci pour cet article flamboyant…
Patryck Froissart