Valère Novarina, Désoubli

Valère Novarina, Désoubli

Lors de sa mort, Valère Novarina venait d’achever son dernier livre, Désoubli, sur lequel il travaillait depuis plus d’un an. En jaillissent plusieurs écrits tirés de l’oubli rassemblés par l’auteur, accompagnés de photographies, dessins et reproductions.

Ce volume rare devient l’atelier autobiographique de son œuvre. La plupart des textes sont des exercices d’admiration ou plus exactement ce qu’il nomme « ce dans quoi l’on se reconnaît ». Et Valère Novarina s’est reconnu dans les figures de Dante, madame Guyon, Roger Blin, Alain Trutat, Dora de Chevilly. Mais aussi des personnages moins connus comme François Ducret (aka Fanfoué le Piot), sculpteur sur bois, le menuisier Jean la Grêle, avec lesquels il prit des« leçons de patois » ; ou encore l’artiste Jean-Paul Thibeau, et Pierre Caran, directeur de la médiathèque de Thonon et aussi le personnages clown de la Loterie Pierrot qui faisait halte chaque année à la foire de cette même ville.
Tous lui ont permis d’entrer en scène dans le langage. Ces figures ont confirmé sa vocation. Certains textes sont des hommages, d’autres des manifestes, qui témoignent à la fois d’une filiation et du cheminement d’une pensée.

Existent aussi des textes plus « théâtraux » tel que « La main » ou proches des aphorismes avec « Retouches » et aussi des fragments de son journal : Animal pratiquant. Existent là des formes généralement ramassées, abruptes, verticales, lapidaires de son travail protéiforme. Composés en marge des œuvres, ces écrits proches, dit-il, des « entrelacs médiévaux », sont tous des moyen de pénétrer son « atelier volant » en ses écrits qui, avant la voix, sont « l’organe de la parole ».
Pluriforme dans son travail de la main et de l’esprit, maître entre autres d’un forme particulière de la parodien Novarina fait de sa langue une « bête respiratoire à jamais imprévisible » qui se lie à une musique qui pense.

Elle joue ici de variations (maternelles mais pas seulement même si sa mère de langue hongroise chantait des berceuses qui l’enchantaient). Le Haut Savoyard retrouve dans ce livre des sonorités d’une langue foraine, celle parfois du « fiancé fantôme » de sa mère et que son propre père lui avait refusée. Sans lui, il aurait été un autre. Ou personne.
L’auteur ramène une nouvelle fois à la richesse sonore et non à l’abstraction de la langue. La pensée y miroite en diverses énergies. Les mots ne sont pas les choses mais la pensée s’entend par l’incarnation qu’ils lui donnent. Et à travers cette langue et son expérience, Novarina fut atteint par un flux : qui lui donna l’idée que la pensée est « une course de haies » contre l’idolâtrie des mots pour retrouver parfois jusqu’au patois savoyard, sa richesse phonique, sa danse et son mouvement sourd.

Valère Novarina, Désoubli, P.O.L &ditions, 2026, 320 p. – 22, 00 €.

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