Alexandre Bonnet-Terrile, La fête à Landru
Les drôles de drames des « Daisy-rables » de Désiré
C’est sous un gros soleil blanc – à l’ombre de la prison de Versailles – que le funeste et célèbre Landru (accusé d’avoir assassiné plusieurs femmes pour raisons pécuniaires), est sommé d’avouer. Ainsi commence la fête. Et l’auteur de nous la et le rappeler : « Mais vous ai-je dit le nom de ce bâtard sans vertu, / de ce salopard qu’on tue ? / Il me semble bien que non, / vous n’avez que la charrue / sans le bœuf. Allons, allons, / la bête a quand même un nom : / Henri Désiré Landru. » écrit-il.
Se retrouvent ici avocats, maîtresses, geôliers voire la Troisième République en son entier qui lui font sa fête et sa tête. Tout le monde s’agite autour de lui avant que tombe le couperet.
L’auteur nous rappelle – est-ce une honte suprême ? – que le lubrique président Millerand a refusé sa grâce, scellant ainsi son sort. Il est vrai qu’à force de lettres parfumées et de rendez-vous aux cœurs perdus la folie s’embrase du monde. Reste à savoir qui face à lui se sentirait coupable.
Preuve qu’un tel auteur est farceur, moins proche de la fête à noeud-noeud que de la corde à noeud. Il semble généreux mais aussi généraliste face au guillotiné. Mais, juste « récompense», il remonte des tréfonds d’un bac de sciure, avec les traits d’un Don Juan infernal bien plus qu’un Ravachol.
Alexandre Bonnet-Terrile nous invite ainsi sur les rives du Styx où Landru va croiser Charon, Cerbère, et ses victimes métamorphosées parfois en une vache à tête de femme en tant que spectre grotesque et vengeur au passé du tueur.
L’auteur revisite son C.V. et son histoire là où sa poésie touche et assène bien des estocades à la justice des hommes. Des vers drôles et macabres rebattent les cartes du genre très noir mais presque hagiographique. Ils font du meurtrier, sinon une apologie, du moins l’avènement d’un bienvenu parmi les hommes et les Daisy du Désiré tant elles ont brûlé pour lui. D’amour et d’anthracite.
jean-paul gavard-perret
Alexandre Bonnet-Terrile, La fête à Landru, Dessins de Paul de Pignol, Fata Morgana, Fontfroide le haut, 2026, 128 p. – 22,00 €.