Roma-Amor : entretien avec l’artiste Mathilde Marc

Roma-Amor : entretien avec l’artiste Mathilde Marc

Les images de Mathilde Marc saisissent et médusent par leur perfection formelle. Elles traversent le regard de leur brillance de faïence comme elles traversent les studios d’Hollywood (époque cinéma muet jusqu’à celui des 50’) et Cinecitta. Les visages de cire sont de circonstance. Ce sont aussi des réponses « militantes » à la cruauté du réel. L’artiste le mime et le mine dans ses romans ciné où la dérision prend la forme d’un cérémonial.

Le Livre photo de la série Les étreintes est édité chez Littérature mineure

Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Les babils de mon bébé, très matinal.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Certains se sont réalisés, les autres sont en cours…

A quoi avez-vous renoncé ?
A ma carte de cinéma illimitée. Cela semble un renoncement futile mais pour une cinéphile, c’est quelque chose.

D’où venez-vous ?
Du Finistère, «fin de la terre».

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le mot «dot» me semble étrange. Si je le remplace par «héritage», je dirais un amour de la lecture.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Écrire pendant une heure dans un café désert, tôt le matin quand je le peux, c’est plus qu’un plaisir, c’est un luxe.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Même si ça peut être parfois stimulant, je ne préfère pas me comparer, chacun avance comme il peut…

Comment définiriez-vous votre approche de la féminité?
Une approche mythologique.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
L’île Tristan, en face de Douarnenez, aujourd’hui encore l’image de cette île me fascine.

Et votre première lecture ?
Ma toute première, c’est difficile de m’en souvenir exactement. Je sais que j’adorais le roman de Roald Dahl, «Sacrées sorcières».

Quelles musiques écoutez-vous ?
Pour les contemporains: Nicolas Ly, Yan Wagner, Louise Roam… Pour les plus anciens : Klaus Nomi, David Bowie, les musiques de films de Nino Rota

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Des passages du «Dictionnaire des mythes féminins» de Pierre Brunel, « Le livre de mes rêves » de Federico Fellini

Quel film vous fait pleurer ?
« Les parapluies de Cherbourg » de Jacques Demy.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je ne me regarde presque jamais dans les miroirs, ça m’embarrasse. Ou alors de très près pour me dessiner un trait d’eye-liner. Je vois un œil en très gros plan.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Pour une première approche, il m’est plus facile d’écrire aux gens que de leur parler. Je suis contente pour ça d’être née à l’époque où l’on communique par mail.

Quelle ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Rome selon Fellini et Pasolini.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Des artistes qui m’inspirent, qui me réconfortent… des auteurs de romans graphiques comme Ulli Lust, Adrian Tomine. Le photographe Duane Michals. Et, petite, j’avais beaucoup d’admiration pour la chanteuse du groupe Niagara, Muriel Moreno, Catherine Ringer des Rita Mitsouko et aussi Kate Bush, j’aimais leur excentricité, leur folie. Je revois leurs clips régulièrement, avec beaucoup de plaisir.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Il vient de passer, j’ai reçu des livres et des câlins.

Que défendez-vous ?
Le droit de créer sur tous supports, dans toutes disciplines, sans être enfermé dans une case.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Pour moi, l’amour est sans doute la seule chose qui doit être simple.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
J’ai dû mal à dire non, à donner mes limites. Mais je progresse de ce côté là…

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Peut-être : « Quels sont mes prochains projets ? ». En même temps, par superstition, je pense qu’il ne vaut mieux ne pas parler trop à l’avance des choses pour qu’elles se réalisent

Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 4 juin 2016.

Laisser un commentaire