Catherine Cazau, Palimpsestes
« Esse est percipi » (Berkeley)
Faut-il identifier les gravures de Catherine Cazau à l’éther ? Visibles, elles ne sont jamais réductibles à l’apparence. Mais elles ne se limitent pas plus au domaine du l’illusion et du trompe-l’œil. Et elles ne sont en rien un « simple » résidu sensible. Aussi mélodieuses que rageuses, leurs vagues de lumière noire mordent les murs et les âmes. Effleurements, silence, origine du tout par le peu.
Les propositions plastiques deviennent des voix silencieuses aux profondeurs nocturnes dans la lumière. Leurs incisions font traces et mélopées. Surgit un « Verbe » mystérieux dans ce qui tient d’un exercice spirituel mais qui au départ prend racine dans la chair des formes et des couleurs.
Catherine Cazau maîtrise, épouse les surfaces en mettant la main sur elles par ses inductions à la fois poétiques et techniques. Sur les destructions du temps, elle impose ses ouvertures où l’errance reste toujours axée vers la présence sourde de l’inépuisable. Contre le noir et par divers jeux de gravure s’étend l’insaisissable. L’enjeu est un combat contre la ruine et le nocturne. Et si, comme l’ombre, l’image n’est ni objet, ni corps la seconde installe son emprise sur la première.
La gravure est donc l’ apparaître « pur » – comme il y a une poésie de même qualité. C’est-à-dire phénomène empirique et sensible. Sur le papier, il se manifeste comme les météores décrits par Descartes ou par ce que Berkeley nomme l’ « incorporel » et l’ « immatériel ».
L’œuvre devient un phénomène optique originaire. Elle apparaît souvent sans qu’on puisse isoler ou identifier son corps, sa substance, sa texture. Elle révèle une réalité antérieure à la conscience, comme avant l’intervention du moi-sujet qui la reçoit et participe à sa révélation.
jean-paul gavard-perret
Catherine Cazau, Palimpsestes, Editions Marie Delarbre, coll. « Le 22 », Grignan, 2016 – 6,00 €.