Revue L’imp(a)nsable , n° 1 : « L’apocalypse de la pensée »

Revue L’imp(a)nsable , n° 1 : « L’apocalypse de la pensée »

Laurélien Réal frappe fort : dans l’histoire des idées et des formes, il propose dans ce premier numéro de L’imp(a)nsable, d’un grand souffle et de chocs où chaque coup plaît. Surgissent l’état et le change des idées, des actions et aussi jusqu’au rôle de la poétique (cf. son échange avec François Richard).
A travers des trajectoires différentes et quasi interstellaires ou intimes, L’Apocalypse de la pensée se déploie là où chaque texte et contributions inclut des éléments de défections venus de la nuit du totalitarisme en passant aux impasses de certaines avant-gardes ou encore par Michel Surya qui devint le nouveau pape de la pensée et la soupape de Breton plus enclin au Bing Bang sartrien qu’à ce qui se passe dans notre « viande ». Seul face à lui, Artaud est mis en exergue autant par Nathanël Flamand que le texte flamboyant de Laure Avignon.

Rendons grâce (sans hélas pouvoir dégager longuement des idées forces en peu d’espace) non à des points de rêve de la pensée mais à ses moments d’insomnie. Cela donne des textes dont la composition se noue au fil du temps de manière à la fois précaire et irréparable. Tout reste enchevêtré dans un espace « obscurum par obscurius » qui est de l’ordre d’un « goût » (osons ce mot) en tentant de rester fidèle à de tels auteurs qui râtellent es « restes » que beaucoup d’intellectuels ont maçonnés en puddings.
Maître de la nuit de notre futur destin, Laurélien Léal implique une dynamique voire une accélération d’un vent solaire sur la Terre et le plasma des hommes dont les missions sont obviées par les prêtres de la politique. Ici, au-delà même de la pensée – philosophies heideggériennes comprises – des champs électriques du corps.

Certes, il a du nez et des bras qui surgissent du cadre et qui ne sont pas forcément débordant de beaux arrondis. Qu’importe peau (blanche ?) et cheveux (noirs ?) : ici, les mots ne restent plus à l’extrémité d’un bâton de rouge ou d’une cigarette. Et d’ailleurs, pour l’un et l’autre, « ceci n’est pas une pipe » là où un tel corpus construit une communauté d’écrivains qui se rapprochent en une sorte d’envol loin des intellectuels qui distillent des pavots pour croire retrouver toujours à l’indicatif (voire l’impératif) la maison et le monde de notre être.
Dans ce premier numéro, l’énergie des invités fomente une mission du sens mais aussi du corps. Existent dans ces pages bien des vertus d’éléments et d’enjeux de nos labyrinthes là où de bons petits diables remuent ou remuaient la queue et leurs comètes. En ce sens L’Imp(a)nsable passe au large des règles ou parfois y revient tout près pour mieux les tordre là où peu à peu l’IA nous teinte de bleu de cobalt (cf. l’interview de Ray Kurwell) tandis que notre société quitte le spectacle au profit du spectral.

A lire ce corpus, une lumière s’étale, les couleurs durent même quand les corps churent. Et Camelia Montassere le rappelle, loin de se laisser bercer de l’illusion ou de comprendre juste la scène des choses. Pas question de faire la planche. Mais il s’agit de comprendre et savoir de quelle matière la vie sous les charivaris n’est que notre silence sans fond. Les auteur.e.s le font parler.
Existent donc des crimes parfaits de/par/pour l’écriture là où vie intérieure se répand sur l’encre ou le graphite. Le but n’est pas d’en faire resplendir une goutte de sang. Les textes prennent diverses formes qui trouvent de nouveaux états. Certes, ils ne guérissent pas, ne se veulent pas plus des « médicaments » mais deviennent des moyens de se réinventer dans les chaos de tous les films de notre présent.

Alors, comme les auteurs le demandent, que leurs pages hurlent le vent. Et au-delà des erreurs et des approximations qui nous nourrissent. Cette revue mélange le début et la fin, les écritures tranchantes. Et tout est là : même un tatouage sur la peau. Il peut rester caché sous un paréo. Deux yeux y font refuge derrière la vitre d’une fenêtre. Mais il peut brûler en écran total sur celui de la peau. Là où parfois en guise de respiration existent de nécessaires causticités de bûcherons – du moins de ceux qui aiment les plaisanteries de derrière les fagots.
Un psychanalyste dirait – à ce point – que la nature de cette revue est de type transitionnel, à mi-chemin du subjectif et de l’objectif, de l’apocalypse de logos et de son élévation, du dehors et du dedans, de l’affectif et l’intellectuel, de l’intime et l’étranger. Il n’aurait pas tort même si, et de plus ici, il ne s’agit pas de constituer une défense contre l’angoisse et l’inconnu mais de l’affronter. D’où, Pâques venant, voici les évangiles selon Réal, Flamant, Matassere, Avignon et Richard : En avant ! Doute !

Revue L’imp(a)nsable, n° 1 : « L’ apocalypse de la pensée », Le Grand Souffle Editions, Coulonges sur Sarthe, janvier 2026, 312 p. -15,00 €.

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