Entre haves
(Elle laisse des passés)
Par froufrous et ruches de dentelles, sa corolle s’ouvre. En sa coulisse,j’effeuille ses pétales, passionnément, à la folie, pas du tout. Les belles-de-nuit s’étiolent, nos mains se marient ancrées de typhons, de tropiques. Sa cuisse sous un ruisselet de soie touche la mienne. Dévalant du cou, une croix, retenue par une chaînette se plante entre deux tétons durcis. Patiente, elle grappille mes nèfles et trouve pour mon lézard un refuge. La voici Amazone et Vénus.
Mais ma gorge se noue car je surveille le portail par lequel ma mère peut nous attraper. Avec un peu de chance, elle sommeille sur le flanc, cheveux noirs épandus et en robe de grenadine pour exploser tant de curiosités. De ma potentielle concubine, je sillonne ses reins, son ventre. Nos corps s’étreignent de laves et de muqueuses. Cambrée, elle fixe l’élan de notre voie lactée et avec nos souffles, bêtes, orgues, météores : elle sonne l’universelle concorde.
jean-paul gavard-perret
Photo : Clarice Clozier