Philippe Jaccottet, Haïku
L’intime et le hasard
En préface de son recueil, Jaccottet présente et traduit ce haiku d’Issa : « La journée de printemps s’achève, / S’attardant / Où il y a de l’eau ». Mais l’auteur de préciser : « Voici des paroles véritablement fées ». Tout le livre est de ce tonneau pour celui qui – au besoin en traducteur peu manique – devient le magicien d’un tel genre.
En lui, l’auteur acquiert l’âme allègre dans les haikus qui font de la nature une reine et un empire. Pour Jaccottet, il suffit de « Quelques syllabes extraordinairement libres et légères » pour que la poésie claque les cloisons de l’esprit. D’autant que, « théoriquement », l’essence du Haiku est la doxa de la sérénité contre toutes formes d’intranquillité. Le genre casse la logique de la seule syntaxe de la raison.
Par ce déraillement volontaire, les liens qui unissent l’être et le monde trouvent un ordonnancement surnaturel. Et pour Jaccottet, seuls ces mots du Japon traditionnel qui germinent au fil des saisons créent un monde sensible mais dont un tel seuil est comme à double battant : à la vision du monde répond l’aventure intérieure de l’auteur ou du lecteur.
Un tel verger est en conséquence bien plus qu’un jardin d’Eden. Ici, le paradis ignore la faute et ne connaît que la sublime quiétude. Alors, lecteurs et lectrices, relisez Jaccottet qui avec le temps devient d’un classicisme plus concret et complet.
jean-paul gavard-perret
Philippe Jaccottet, Haïku, illustrations d’Anne-Marie Jaccottet, Fata Morgana,, coll. Les immémoriaux, Fontfroide le Haut, 2026, 88 p. – 18,000 €.