Patrick Modiano, La danseuse
Chorégraphie des mots
Pour Modiano, la nostalgie n’a pas attendu ses années. Sa mémoire non plus. En ce sens, Paris est une et sa ville. En dehors dequelques incartades alpines, elle sera plus que jamais un piège à touristes beaucoup plus qu’Annecy, son lac et ses chorégraphies. Pour les yeux du narrateur, la capitale reste une cible aux voyageurs. Et ses spectacles deviennent ici grâce à son égérie celle-là où le locuteur abuse de son charme styliste : ses « peut-être », et autres « sans doute » rythment sa musique.
« On a beau faire de son mieux et se croire hors d’atteinte, on n’échappe pas toujours aux fantômes. », écrit Patrick Modiano là où la danse sort du souvenir d’un spectacle (avec Maria Tallchief), même si avant la fin le narrateur s’en va. Mais pour une prochaine représentation le ciel peut attendre, côté cours, côté jardin.
Pour d’autres, le passé, c’est Koblet ou Robic mais par déformation intellectuelle et affective Modiano cultive un goût pour celles qui grimpent sur scène. Certes, Paris ct elles changent d’ingérences mais ici la danseuse est la sirène si reine vaguement rapprochée d’extraits autobiographiques pour ravauder sa morphologie selon des configurations abyssales.
L’auteur reste le Phénix de son hôte. Elle ne le laisse pas de bois. Restent des tempêtes – désormais mesurées – sous le crâne du narrateur. Son désir serpente non seulement par l’existence des lacets et de ses cols mais aussi par les lignes droites de son corps de coryphée ou de fée. Aux saturnales d’été (et d’être) demeure un stoïcisme anachorète qui ne remplace jamais l’hédonisme de ce qui fut. L’éloge d’une danseuse n’appartient qu’à un écrivain à grand braquet qui demeure échappé en solitaire.
De fait, Modiano est souvent entouré d’un beau monde de féminine engeance. Il existe même pour lui tout un peloton dont il rappelle au besoin la liste inventée. Mais pourquoi d’ailleurs s’en priver ? L’auteur festoie ça et là le feston et qu’importe si de tels paons ont perdu leurs plumes. Si bien que chacun de ses livres invente sa « Vita nuova ». Son commencement cherche toujours ses racines dans le passé. Et c’est un si subtil plaisir de lecture.
jean-paul gavard-perret
Patrick Modiano, La danseuse, Gallimard, collection Blanch , 2026, 112 p. – 16,00 €.