Patrick Bard, L’Attrapeur d’ombres
Dans L’Attrapeur d’ombres, la guerre dans toute son horreur est décortiquée avec violence par Patrick Bard…
L’attrapeur d’ombres, c’est le photographe. Image jolie qui sied plus ou moins bien à Sébastien Meyer, photo-journaliste indépendant qui parcourt les rues de Sarajevo assiégée. Sa vie bascule quand il est victime d’un sniper au lance-roquette. Á partir de là, c’est le trou noir. La roquette n’a fait que passer à proximité, mais suffisamment près pour que Séb y perde un œil et la mémoire mais y gagne des acouphènes. De retour à Paris, il subit une opération, une période de rééducation et tente de continuer de travailler. Malheureusement, son œil créatif est mort. Ses photos n’ont plus d’âme et il perd peu à peu tous ses contrats. Il finit par tout lâcher et, la haine au ventre, part enquêter et retrouver son « meurtrier » car, pour lui, il est mort.
Il retrouvera sur son chemin des ex-snipers bosniaques et serbes totalement et moralement détruits par une guerre civile, un ancien tireur d’élite des commandos français – Daniel Moucheboeuf – et surtout un ancien de la Légion étrangère, le Belge Grooteclaes, personnage sans foi ni scrupules qui organise des reality tours, safaris des temps modernes en pleine déchéance. Avec une grosse question, pourquoi un tir de sniper au lance-roquette ?
Patrick Bard plante son décor en dressant le portraits de quelques personnages qui semblent n’avoir aucun lien les uns avec les autres, à la manière de Robert Altman dans son film Short cuts. Ses héros apparaissent aux quatre coins du monde – ex-Yougoslavie, Congo, France, États-Unis… – selon une chronologie décalée. L’on suit chaque histoire en alternance et petit à petit on observe qu’un rapprochement inéluctable s’opère ; tous ces mini-drames finissent par n’en former qu’un seul : celui du genre humain, barbare et animal.
C’est en fin de compte un beau récit noir construit à la façon d’un puzzle. Patrick Bard nous dévoile ses talents d’écrivain et de photographe. Le vocabulaire y est riche et précis. Le récit et sa trame sont ambitieux. Peut-être un peu trop par moments. Quelques invraisemblances y sont présentes mais l’histoire est prenante, les personnages attachants autant que déchirants.
julien védrenne
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Patrick Bard, L’Attrapeur d’ombres, Le Seuil, 2004, 428 p. – 20,00 €. |
