Laurence Biberfeld (texte) / Stéphanie Léonard (photographies), Évasion rue Quincampoix
Laurence Biberfeld et Stéphanie Léonard se rencontrent rue Quincampoix. Résultat : une novella noire joliment illustrée.
L
éna est une mineure marginale en fugue qui gravite autour du Forum des Halles et de Beaubourg, icônes du modernisme agressif en opposition à cette rue Quincampoix que l’on imagine très bien dans un roman d’Alexandre Dumas. Léna zone avec une bande d’étudiants menée par Debussy. Ce dernier lui permet alors de survivre grâce à son coup de crayon qu’elle monnaye sur les marches du musée d’Art contemporain aux côtés de Maliens qui décampent dès l’arrivée de la maréchaussée pour se réinstaller un peu plus loin.
Elle vit une histoire d’amour triste mais passionnée – J’aime quelqu’un qui ne veut pas m’aimer, phrase banale mais universelle et souvent vraie – et, grâce à une rencontre avec Judicaël, trouve un travail d’ouvreuse dans un théâtre porno. L’essentiel de ce travail consiste à empêcher les clients de se masturber et de tacher les fauteuils.
Pendant ce temps, Léna accompagne, plus ou moins en pointillés, Debussy – Ma camarade, mendiante, enfant monstre ! Comme ça t’es égal, ces malheureuses et ces manœuvres, et mes embarras… – véritable écorché vif dans sa déchéance. Entre amour pour une prostituée de l’Est, quadragénaire entre les pattes de son mac et attaque mentale qui le conduit dans les bras pervers de clodos désenchantés, Debussy nous emmène alors aux confins du monde noir, déboussolé et sans lendemain de la rue orpheline, quelquefois mais rarement belle, Quincampoix.
Laurence Biberfeld – La B.A. de Cardamone et Le Chien de Solférinoen « Série Noire » – nous plonge dans un univers noir et poétique où l’avenir ne veut pas exister mais où il le doit car il est l’essence même de notre raison d’être. Ce texte court, comme toujours dans la collection « Noir urbain », agrémenté des photos de Stéphanie Léonard, est un merveilleux conte.
julien védrenne
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Laurence Biberfeld (texte) / Stéphanie Léonard (photographies), Évasion rue Quincampoix, Autrement, 2004, 85 p. – 5,00 €. |
