Pas sage
(Passage)
Nés, notre langue existe, rattache à la vie collective et elle est capable de produire des vérités. Mais nos mots sont gorgés d’absence, de mensonge et du vide dont chacun d’eux le sépare d’un autre. Bref, notre langue est vraiment moins de bois que de branches. Nous grandissons avec elle souvent passifs dans nos répétitions. Elles forment des tas, des cristaux puis nous écoutons ceux des autres en les creusant pour élaborer des intuitions afin qu’émerge notre pensée moins de l’interaction des champs de forces que leurs agencements.
Ça ne mange pas de pain mais ils tournent à plein régime reposant de « donc », « car », et « parce que ». C’est plus fonctionnel qu’intime. Mais béats ou bêlant, nous forgeons notre propre mystère. Il contient l’obscurité et la lumière: l’une ou l’autre nous dit : « Viens ».
jean-paul gavard-perret
Photo : John M Valadez