Hervé Bauer, Touchant la fin
L’Entêté
L’écriture d’Hervé Bauer – producteur de réalité selon un fond poétique majeur – creuse le noir de vie, mais aussi les sensations qui perlent, palpitent et parlent même lorsque la nuit blanche des plus noirs cauchemars hisse un très mur très haut.
C’est ce que la poésie d’Hervé Bauer rappelle ici dans ces fragments de prose dont le « genre » est troublé par la métamorphose de l’écriture qui « parle » contre la mort.
Ces récits rappellent souvent le mal que l’auteur se donne à une forme de mal là où il se prend parfois dans ses propres nasses. Si bien qu’une forme de masochisme est expérimentale car c’est une manière d’évaluer l’existence de l’auteur dont la prise de conscience à une forme de malheur tatoua ses origines.
Mais sa façon d’écrire n’est pas une monogamie de ses déconfitures. L’écriture elle-même est empreinte d’un humour beckettien. Et cela change tout aux normes afin qu’en les tordant les siennes deviennent des sortes d’anomalies énormes. Au bout du compte mêmes certaines répétitions fantasmatiques structurent des déformations là où les mots sont des ballons sombres attachés à la terre non pour entretenir mais louvoyer même devant des des indices crépusculaires.
Hervé Bauer ne se veut pas des enfants de Marie et qu’importe si aux courbes des récits de sa vie succèdent d’autres courbes intimes certes mais qui dépassent le narcissisme et l’égotisme et il s’agit d’aller là où la parole manque, dans l’impensable ou plutôt l’impensé. Cela reste le réel enjeu pour qu’une vérité renaisse des cendres de l’existence même lorsqu’elle fut parfois cruelle et déliquescente.
De fait, par delà ses récits, le texte ouvre à un imaginaire de la mutation et du ré-enchantement où l’éclat à la vie prend un registre particulier. L’auteur met en tension le monde et ce qu’il procure comme sensations à travers la reprise de la condition fondamentale de l’auteur. Les mots deviennent des phénomènes d’évolution qui osent l’exaltation de la tendre indifférence du monde. Le tache de Bauer est d’en préserver les vibrations d’ouvertures au sein de textes qui rendent plus vivants en tentant le plus possible au fil du temps d’exclure toute mentalisation qui deviendrait un filtre à l’émotion.
De fait, surgit, plus qu’un déploiement de l’imaginaire, la présence d’une intimité oubliée avec soi-même et le monde pour leur mutuel épanouissement. Si bien que, face à la fin, un tel auteur s’entête.
jean-paul gavard-perret
Hervé Bauer, Touchant la fin, L’Harmattan, coll. Levée d’Ancre, Paris, 2026, 160 p. – 17,00€.