Nicolas Tellop & Antonio Lapone, La Femme au portrait

Nicolas Tellop & Antonio Lapone, La Femme au portrait

Une silhouette, s’éclairant d’une torche électrique, traverse différents plateaux de tournage. Elle s’arrête au numéro 10 et fixe l’éclairage sur un portrait de dame. Surprise par le gardien qui s’exclame : « Mais vous êtes… », elle le frappe.
Au matin, l’inspecteur de police s’étonne qu’il n’y ait que ce tableau qui ait disparu. Les studios ont recruté Miss X, une ancienne actrice reconvertie comme détective privée. Arrive Ernst Spieler, le réalisateur du film La Femme au portrait qui constate que sans le tableau le tournage doit être suspendu car il manque la pièce essentielle.

Miss X examine la scène du crime et rejoint Spieler qui représente le suspect numéro 1 car il aspire de réaliser un film beaucoup plus ambitieux. L’arrêt de ce tournage peut être une belle opportunité. Elle décide de rencontrer le peintre et prend Spieler comme chauffeur. La belle demeure de l’artiste semble vide, mais un grand bruit retentit. Ils voient une silhouette qui s’enfuit. Miss X la poursuit mais elle lui échappe.
S’enchaînent alors de nouvelles pistes, de nouvelles hypothèses. Le duo fait une découverte étrange et plonge dans l’œuvre de l’artiste. C’est à un dénouement bien amené que la détective arrive, non sans devoir payer de sa personne…

La Femme au portrait est un remarquable hommage à l’âge d’or du cinéma américain, cette époque où le film noir faisait recette. Les références aux grands films de cette époque sont nombreuses et ajoutent un intérêt supplémentaire à la découverte d’une intrique déjà bien enlevée.
Pour porter ce récit, le scénariste installe un duo de personnages remarquables. D’abord, Miss X qui en est l’héroïne. Cette ancienne actrice, reléguée aux rôles d’écervelée, est très ironique, manie avec justesse une impertinence qui séduit. Dans ce monde masculin au possible, elle impose sa vivacité et ses répliques cinglantes. Elle forme un couple d’enquêteurs forgé par les circonstances avec Ernst Spieler, un réalisateur allemand qu’elle considère comme suspect n°1. Celui-ci, ayant acquis une belle renommée en Europe, est venu attiré par les possibilités offertes à Hollywood. Or, il ne trouve pas vraiment ce qu’il souhaite. Il veut aider Miss X pour prouver son innocence. Les tensions entre eux, la méfiance, les répliques acerbes, donnent une dimension intéressante au duo.
Une série de seconds rôles complète la galerie avec des producteurs en colère, une actrice capricieuse et orgueilleuse, un policier peu perspicace, des tableaux qui cachent un secret…

L’intrigue fait revoir le fonctionnement des studios hollywoodiens, les tensions entre producteurs et réalisateurs, la place de ces actrices reléguées à des rôles stéréotypés. Elle fait ressentir l’ambiance qui régnait dans cet univers où tout est faux-semblant.

Antonio Lapone, qui réalise dessin et mise en couleur, fait montre d’une recherche graphique du plus bel effet. Son trait tendu, efficace, donne des silhouettes anguleuses mais très expressives. Le travail sur la mise en page est approfondi. Les angles de vues sont précis, favorisant des éléments précis comme le regard, des éléments des corps. Ainsi, il propose deux planches où l’action est illustrée par les jeux de jambes des protagonistes.
On a le sentiment qu’Antonio Lapone a pensé chacune de ses planches comme un tableau, un clin d’œil au portrait.

La Femme au portrait invite à découvrir un polar noir à souhait, avec une intrigue solide servie par une belle connaissance du milieu cinématographique et une mise en images absolument dépaysante et riche en trouvailles graphiques.

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Nicolas Tellop (scénario et dialogues) & Antonio Lapone (dessin et couleur), La Femme au portrait, Dargaud, août 2026, 96 p. – 21,50 €.

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