Maximilien Friche, Auto-Autodafé
Quand le verbe consume le cynisme du monde de l’art
Auto-autodafé marque l’entrée en scène de Maximilien Friche dans l’écriture dramatique. Fondateur de la revue en ligne Mauvaise Nouvelle et des Éditions Nouvelle Marge, l’écrivain et poète propose ici un texte incisif, habité par une grande virtuosité verbale et un humour noir redoutable. La pièce met en scène un face-à-face percutant entre un écrivain (le Scribe) et un peintre (le Maître).
Tout commence au sortir d’un vernissage mondain, un de ces rituels bourgeois saturé de petites humiliations, de superficialité et de phrases convenues. Seul dans son atelier, le peintre contemple la seule toile restée invendue de la soirée : une œuvre jugée « trop sombre», « trop triste » par les collectionneurs, qu’il a baptisée La Mendigote. Plutôt que de la livrer au marché de l’art qu’il méprise, il décide de la détruire par le feu pour racheter le sacrilège de la soirée. Mais pour aller au bout de cette catharsis, il exige de son ami écrivain qu’il brûle lui aussi l’exemplaire unique de son propre carnet de notes — le brouillon de son futur roman. Un marché de dupes et d’exigences mutuelles qui pousse les deux hommes dans leurs retranchements existentiels.
Le rejet du marché de l’art : Friche dresse un réquisitoire féroce contre la bêtise mondaine et l’art réduit à un simple produit de décoration pour canapés.
L’exigence de la création pure : L’autodafé ne relève pas de la censure destructrice, mais d’une purification nécessaire. Brûler l’œuvre devient le seul moyen de la sauver de la compromission et de l’indignité du monde.
La puissance de la joute verbale : la pièce fait la part belle à une écriture rythmée, à la fois lyrique, désabusée, féroce, où la tragédie flirte constamment avec la farce.
Magnifique !
jacques cauda
Maximilien Friche, Auto-Autodafé, Éditions Nouvelle Marge (collection théâtre), 2026, 78 p. – 12,00 €.
Mise en scène de Sarah Vajda, avec Maximilien Friche et Christophe Billig.