Maurice Renoma, Maurice Renoma fait son cinéma (exposition)

Maurice Renoma, Maurice Renoma fait son cinéma (exposition)

Présence silencieuse qui se dérobe

Les coups de cœur passagers n’étreignent pas seulement une ombre quand Maurice Renoma s’en empare. Il y tient parfois ses assises photographiques en modifiant au besoin le réel, son manteau, sa nudité, ses effluves par le numérique. Une approche du plaisir soudain et premier s’empare de l’image. Parfois, une bête remonte du fond dans une tendresse qui fait hurler. A perte d’espace ou dans sa réduction, les corps se déplient en divers types « d’avancées » qui au besoin créent une forme de recul. Mais pour voir mieux.
Parfois et paradoxalement, l’artiste rétorque au modèle qui semble lui dire « Si j’ôte mon chemisier que ferai-je de lui ? Pour lui répondre, Renoma crée des obliques hermétiques, réservées.

Et soudain les passages sont éternisés. Le créateur sait alors que rien ne reste à dire mais beaucoup à photographier et surtout le mystère que les modèles portent en eux. Le corps semble se figer dans l’infini, se fondre dans l’attente, l’espoir. Il semble proche mais lointain. Restent le noir qui fascine, le blanc qui tue, l’opposition créatrice constante de l’infini possible et du néant

Le corps devient cette présence silencieuse qui se dérobe, se refuse là où se trouvent à la fois l’obscurité et la lumière, l’inexplicable. Et une crucifixion ou une satisfaction. L’objectif de l’appareil ne saisit pas un corps, mais la part de désir enfoui au plus intime de l’être. La seule clé est celle de l’abandon et de la retenue.
L’unité de temps est supérieure à l’instant, elle contient la sensation qui persiste, l’énergie du mouvement même s’il semble presque impossible. Rejoindre le mythe de la création et de la disparition perpétuelle devient la lutte contre l’absence à soi comme à l’autre.

jean-paul gavard-perret

Maurice Renoma, Maurice Renoma fait son cinéma, Galerie Rauschfeld du 10 octobre au 3 décembre 2018.

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