Katharina Ziemke, La lune, comme un sabre blanc (exposition)
Pierrot d’amour, amies et fausses amies
Katharina Ziemke s’intéresse depuis longtemps au théâtre. Elle a collaboré avec le metteur en scène Thomas Ostermeier et réalisé plusieurs décors originaux pour « Un ennemi du peuple » d’Isben , « La Mouette » de Tchekov et « Professeur » Bernhardi de Schnitzler en 2017. De ces expériences, elle a retiré un ensemble de personnages et de motifs. Elle retient des figures emblématiques mais tout autant des images venues de la pantomime et des histoires populaire.
A la galerie, à partir des poèmes symbolistes d’Albert Giraud de « Pierrot lunaire » dont Schönberg s’inspira, elle crée sa propre scénarisation du mythe de Pierrot à l’aide de sculptures en bois peint et de grandes toiles à l’encre et au crayon de couleurs.
C’est pour elle une approche de nouveaux médiums et techniques afin de recréer les amours du poète lunaire de la commedia dell’arte. Elle invente un théâtre de chambre halluciné, dont les personnages – quoique immobiles – flottent entre deux rives : celle du drame, celle de la poésie. S’y retrouvent une Colombine en quasi loques, la sorcière moqueuse Cassandre, une Lavandière aux bras d’argent et bien sûr un Pierrot muet tandis que, plus haut, un marionnettiste défie le regardeur tandis qu’il semble « tirer les ficelles » de ce qui est entrain de se passer.
Mais, de fait, rien n’est sûr : tout compte fait, ceci n’est peut-être rien qu’un rêve d’un spectateur « dans les vaps ». Le tout dans une atmosphère crépusculaire mais non dénuée d’une étrange volupté en un jeu de couleurs sombres où surnagent les chairs diaphanes des personnages. Entre réel et irréel, rêve et cauchemar, un monde étrange jaillit pour une invitation au voyage dans un monde interlope et poétique.
jean-paul gavard-perret
Katharina Ziemke, La lune, comme un sabre blanc, galerie Isabelle Gounod, Paris,du 13 octobre au 17 novembre 2018.