Marie Redonnet, La femme au colt 45

Marie Redonnet, La femme au colt 45

En joue, feu !

Marie Redonnet sort de l’ombre après Une aussi longue absence. Retour réussi après l’injuste K.O. qu’avait reçu Diego. En littérature, l’uppercut mortel, c’est le silence : il nimba de manière totalement injustifié ce livre. Exit donc Diego : voici Laura, noire sœur de sa narratrice. Comme elle, elle a renoncé à se perdre, décide de se sauver. Maladroitement peut-être. Elle pense se protéger derrière une arme (nouveauté dans l’univers de l’auteur) mais celle-ci se retourne contre elle. Un homme s’en sert pour la menacer et la violer. Laura y trouve un certain plaisir que le livre explicite. L’héroïne est l’aliénée de ses fantasmes.
Se perçoit l’influence implicite de celui qui a accompagné Marie Redonnet pendant son temps de silence éditorial : Jean Genêt, auquel la créatrice a consacré une thèse. Le livre engage donc la prose d’un « nervermore » (plus jamais) – pour reprendre un des titres de la romancière.

Dans ce roman, l’auteure rajeunit. La violence de l’Histoire collective (en un pays qu’elle nomme Azirie) fait écho à l’individuelle. Marie Redonnet la corrige, la déplace afin que la femme ne réponde plus à l’obéissance, au commandement ou à une menace. Manière de séparer d’un « je » qui ne lui est pas consubstantiel. Au « moi » sans qualité, et grâce à un imaginaire dégagé des stigmates des aliénations, se substitue un autre récit au verbe radical. Il permet à l’auteure de se retrouver à l’intérieur d’elle-même. La langue doit aux yeux de voir, aux oreilles d’entendre, aux mains de toucher la justesse de la pensée.
Le livre sort du théâtre où écrire reviendrait à un vivre-mourir par faute de choix dans le désir. La vie abandonnée fait place, non à la repentance ou la culpabilité, mais à la prise de conscience afin de sortir de l’ombre et de la nuit du temps.

jean-paul gavard-perret

Marie Redonnet, La femme au colt 45, Le Tripode, Paris, 2016, 128 p. – 15,00 €.

Laisser un commentaire