La fin des empires, Patrice Gueniffey et Thierry Lentz (dir.)
C’est à partir de ce constat que Patrice Gueniffey et Thierry Lentz ont dirigé un remarquable ouvrage sur la fin des empires. Dans une introduction stimulante, les deux historiens s’interrogent sur l’engouement que le système impérial suscite chez nos contemporains, et ils y voient la manifestation de la crise de la nation qui ne trouve plus sa place entre « l’infiniment petit [la cité, la région] et l’infiniment grand ». De plus, affirment-ils aussi avec raison, la construction impériale paraît la plus apte à favoriser l’expression des valeurs dominantes « pluralité, diversité, tolérance ».
Or que montrent les contributions écrites par les plus grands spécialistes sur la fin – mais aussi la création et l’existence – des grands empires dans l’histoire ? Que ces structures ont été établies – à de rares exceptions près – par la conquête militaire (les pages sur la prise de Constantinople sont à cet égard éclairantes…), et donc la violence et la domination ; que des peuples ont été asservis, même s’ils ont pu être intégrés, voire assimilés dans la culture dominante ; et que ces empires n’ont jamais accouché d’une identité impériale comparable aux identités nationales. D’où leur fragilité intrinsèque et leur disparition.
« Tout empire périra » avait écrit Jean-Baptiste Duroselle. Ce livre le confirme. C’est la différence fondamentale avec les nations dont le pape Benoît XV disait qu’elles ne meurent jamais. Sans doute parce qu’elles seules sont capables de rassembler et d’unir une communauté humaine. Qu’en est-il alors de l’UE ? Patrice Gueniffey et Thierry Lentz l’évoquent en utilisant la comparaison très pertinente avec le Saint-Empire romain germanique, sorte de construction supranationale avant la lettre et qui s’effondra faute de consistance sous les coups de butoir de Napoléon.
L’UE serait-elle un nouveau type d’empire bâti sur un pseudo-respect des identités alors qu’elle est devenue en réalité une machine à broyer les peuples et, de ce fait, condamnée à disparaitre ? On lira donc avec grand intérêt ce recueil.
frederic le moal
La fin des empires, Patrice Gueniffey et Thierry Lentz (dir.), Perrin, le Figaro Histoire, janvier 2016, 474 p. – 22,00 €.
