Juliette Mogenet de l’exil au royaume : entretien avec l’artiste

Juliette Mogenet de l’exil au royaume : entretien avec l’artiste

Il n’est jamais question pour Juliette Mogenet de respecter les lois de la simple figuration du paysage. Il prend chez lui une belle revanche. L’artiste refuse toute théophanie de la reproduction. Elle propose l’éclipse de son écorce. Le paysage n’est plus un fait accompli : la créatrice le réinterprète en ses diasporas. Elles cassent toute carence ou calamité de « reportage ». Juliette Mogenet accorde donc une sorte de providence ou d’efficience à l’image : elle sonde le réel, le met à l’épreuve de constructions et reconstructions capables de signifier une nouvelle alliance.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La curiosité.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je ne m’en souviens plus, mais quand je rêve en couleur je pense que cela s’en approche.

A quoi avez-vous renoncé ?
Au minimum.

D’où venez-vous ?
D’ailleurs / Nulle part. Une partie de ma famille vient de la Russie d’avant l’URSS, une autre partie vient d’Indochine. Deux pays qui n’existent plus.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’indépendance.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Rouler les vitres ouvertes.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Nous parlons tous des mêmes choses.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Le soleil à travers un drap blanc, pendant une sieste sur un bateau.

Et votre première lecture ?
“L’étranger”,
d’Albert Camus.

Pourquoi votre attirance vers le paysage ?
Le goût du grand air, la sensualité de la nature, l’absence de jeu social

Acceptez vous la dénomination d’artiste du paysage ?
Du paysage-décor, oui.

Quelles musiques écoutez-vous ?
C’est très variable. Récemment, ce qui m’a émue, c’est la respiration d’un accordéon sans notes.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
L’exil et le royaume d’Albert Camus.

Quel film vous fait pleurer ? «
Cria Cuervos
 de Carlos Saura.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un personnage, qui m’accompagne rarement quand je sors de la pièce.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A un écrivain, pour l’inviter à situer une pièce sans personnages dans l’un de mes décors.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Les plateaux de théâtre et de cinéma. Les jardins. Le parc naturel de Canyonland dans l’Utah.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
En vrac : Johannes Vermeer, David Lynch, Georges de la Tour, Merce Cunningham, Aurélien Bory, Stanley Kubrick, Giorgio de Chirico, Roberto Bolano, Robert Wilson, Charles Laughton ( je suis en train de travailler à un projet photographique lié au film The Night of the Hunter)…

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un appareil photographique argentique.

Que défendez-vous ?
Continuer.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
De la perte de temps.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
La meilleure façon d’avancer.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
A quelle heure commence la pièce ?

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret, le 23 février 2016.

Laisser un commentaire