Marie-Laure Dagoit, Sexie

Marie-Laure Dagoit, Sexie

Adepte de l’interrogation sur le sens même de son existence, de son écriture et des images, Marie-Laure Dagoit surprend par ses stratégies éditoriales dont l’humour le plus insidieux n’est pas absent mais presque caché. Chez elle, la célébration de l’eros ouvre une célébration rituelle étrange aussi poétique que radicale mais le tout est décalé.

La perception du voyeur aussi, tant l’auteure s’amuse en jouant l’indifférente, certes, mais engagée. Sujet et objet créent une problématique subtile de la conscience imageante. La créatrice montre comment se construit à notre propre insu la « lecture » de la sexualité maîtresse d’erreurs ou de faussetés dans des propositions « conceptuelles » (pour faire simple) entre le mou et le rigide, entre déphasage et dégrafage. L’eros se met à onduler pour couper et/ou magnifier toute la pompe de l’habituel présentation ou affichage.

Par précision et clarté se créent des espaces étranges. C’est d’une certaine façon un « Pas de pitié pour les taupes que nous sommes ! » là où une profondeur de vue jouxte la paresse perceptive des voyeurs. Mais les mots de Marie-Laure Dagoit se se méritent. Et il faut se méfier de leur simplicité. Il y a toujours en eux une indignation discrète. Sexie nous jette dehors comme le ferait un patron de bistrot là où notre destin reste l’erreur essentielle qui justifie de tout.

Rouée à souhait, la marquise sadienne permet d’inventer une liberté afin de garantir des moments parfaitement inutiles, là où est transgressé tout édit de chasteté. Elle dilate le sérieux par des éléments basiques mais en des champs de distorsions capables de faire piquer du nez les repères et prendre notre inconscient au dépourvu en dégageant les zones d’épissure de ses hallucinations. Elle fait de nous des voyants provisoires mais des voyants tout de même. Tout ne se « déroule » plus selon des schémas attendus. La créatrice ne confond pas vérité et apparence. Elle opte pour d’autres apparitions qui mettent à mal les réponses faciles et précaires. Bref, elle métamorphose chaque voyeur en un ignorant (rarement) lucide renvoyé entre le réel et l’imaginaire ,en optant ici pour le fictif contre l’illusion.

Marie-Laure Dagoit, Sexie, Derrière la salle de bains, 2025, 15 p. – 5,00 €.

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