Marcelin Pleynet, L’expatrié
Entre roman et poème, le personnage du livre de Pleynet – au nom symbolique de Rom – reste sinon abstrait du moins obscur ou mystérieux, de manière à ce que le lecteur entre encore plus en symbiose avec des images qui deviennent les ombres d’elles-mêmes. L’auteur nous invite à leur ballet fantomatique pour permettre d’assister à ce que Valère Novarina intitule : »le drame de la vie », mais selon un périple particulier.
L’auteur n’a pas besoin du suggérer les affres d’une fournaise ardente : son enfer est autre, il est loin de Dante. Le déplacement lui permet la prise de conscience d’un vide au sein de circonstances qui constituent moins une raison valable de vivre que de prendre conscience de ce dont on est privé ».
Existe ici un déblayage continuel de la graisse romanesque. La fonction de la fiction ne consiste plus à montrer en quoi consiste le fait d’être là. Le héros dans son départ, exil, traversée est au bord de la disparition, moindre, toujours moindre, sans disparaître, jusqu’à espérer finir « par ne plus être, par n’avoir pas été » comme le disait Beckett avant de trouver une porte de sortie ou de réserve « indienne ».
Il se confronte à un ensevelissement ou s’approche d’un abri théorique. Et qu’importe la force des voluptés et les gouttes de miel qui coulent d’un tel gâteau empoisonné dans un roman qui devient procès d’effacement d’indices et non leur marque subsistante pour ne pas risquer de réveiller le monde…
jean-paul gavard-perret
Marcelin Pleynet, L’expatrié, Gallimard, collection L’Infini, 2017, 80 p. – 10,00 €.
