Maldoror (Roberto Bolaño, Lautréamont / Julien Gosselin) – Avignon 2026
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon
Le théâtre, de loin
Quelques phrases, cinglantes, de Lautréamont, disent l’emprise du mal sur nos esprits. Très vite on assiste à une mise en tension, par une ambiance musicale pesante, omniprésente, presque dérangeante : les comédien(ne)s sont amenés à crier pour couvrir le fond sonore. Il s’agit d’explorer les témoignages d’auteur(rice)s confronté(e)s aux régimes dictatoriaux d’Amérique du Sud, ou plutôt les paroles des écrivains qui ont été commis à ces pouvoirs sanguinaires. Le dispositif scénique utilise beaucoup la vidéo, décuple l’image des personnes qui parlent ou hurlent leur témoignage. Les images sont souvent filmées dans des cabines translucides, ce qui met à distance le propos tenu. Le décor du palais des papes n’est que rarement utilisé ; il serait plutôt écrasé par la démultiplication des projections.
Depuis le tournant constitué par Le passé, le metteur en scène décline les propositions qui consistent à mettre en évidence que montrer, c’est cacher ; inversement, pour révéler il faudrait dérober à la vue. Le sens ne peut plus se dire par le moyen de l’exploration, mais s’exprime par la profération. Les témoignages sont conjoints sans faire narration, ni constituer la trame d’une enquête. Il semble n’y avoir plus qu’à dire, ou entendre dire, pour laisser ce concert de déclarations se confondre lui-même. Car le tribunal de la presse n’est qu’une instance d’enregistrement, non de décision.
Comment convoquer Maldoror sans traiter la question du manichéisme, du maléfice ? Sans doute la faute serait dans la dissimulation, que l’on dénonce en la reproduisant. La déambulation des spectateurs sur le plateau dans un bar disposé au long de la scène n’apporte rien à la démarche, dont la faiblesse est dans sa redondance : si l’on admet que la construction est ingénieuse et troublante, elle n’offre toutefois pas l’occasion de mobiliser l’attention durant cinq heures. De belles images, du beau son, des paroles puissantes jetées à la volée de notre indulgence, vraisemblablement pour lui faire atteindre ses limites. Pari réussi.
christophe giolito
Maldoror
d’après Roberto Bolaño, Lautréamont
mise en scène Julien Gosselin
Avec Guillaume Bachelé, Rita Benmannana, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Jeremy Lewin, Jeanne Louis-Calixte, Cyril Metzger, Victoria Quesnel, Achille Reggiani, Lucile Rose, Maxence Vandevelde,
et les cadreurs Jérémie Bernaert et Baudouin Rencurel.
Scénographie Lisetta Buccellato ; lumière Nicolas Joubert ; vidéo Jérémie Bernaert, Pierre Martin Oriol ; musique Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde ; dramaturgie Eddy D’aranjo, Marie-José Malis ; costumes Caroline Tavernier ; son Théo Jonval ; script Antoine Hespel ; étalonnage Laurent Ripoll ; assistanat création costumes Géraldine Ingremeau ; assistanat à la mise en scène Lucile Rose, Zoé Benguigui ; traduction, surtitre Zoé Benguigui ; décor, costumes, accessoires les Ateliers de l’Odéon Théâtre de l’Europe ; et l’équipe technique de l’Odéon Théâtre de l’Europe.
Avignon In – Cour d’honneur du palais des Papes, place du Palais, 84000 Avignon
Du 4 juillet 2026 au 12 juillet 2026 à 22h, relâche le mardi. Durée 5h30, avec deux entractes. Spectacle en français, espagnol, portugais, anglais, italien et allemand, surtitré en français et anglais.
https://festival-avignon.com/fr/edition-2026/programmation/maldoror-354965#section-presentation
Du 15 janvier au 6 février 2027 à l’Odéon – théâtre de l’Europe, Paris, le 13 février 2027 au Phénix, Scène Nationale, Valenciennes, les 13 et 14 février 2027 à la Maison de la Culture d’Amiens, Amiens, les 20, 21, 23 mars 2027 à la Comédie de Genève, Genève, les 14 et 15 mai 2027, au deSingel, Anvers.
Production Odéon Théâtre de l’Europe (Paris)
Coproduction Festival d’Avignon, Comédie de Genève, Maison de la Culture d’Amiens, Onassis Stegi Athènes. Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Soutien Fondation Odéon Théâtre de l’Europe et pour la 80e édition du Festival. d’Avignon : Spedidam
L’oeuvre de Roberto Bolaño est représentée par la Wylie Agency.