Lorenza Mazzetti, Carnet de Londres

Lorenza Mazzetti, Carnet de Londres

Lorenza Mazzetti livre avec son Carnet de Londres un pan méconnu de l’histoire du cinéma, imbriqué dans son histoire personnelle bouleversante. Elle publie ce livre singulier en Italie en 2014 à 87 ans. Personnalité hors norme et artiste protéiforme, elle disperse ses désirs dans le cinéma, la littérature, la peinture, la photographie ou encore le théâtre de marionnettes et a a traversé le XXe siècle, partagée entre l’Italie et l’Angleterre. Fuyant une relation amoureuse décevante, elle débarque de son Italie natale à Londres. Elle est victime d’un traumatisme à l’issue de son séjour : l’assassinat de sa famille adoptive par les Allemands en 1944.

Carnet de Londres soulève le voile entre elle et le monde et son aliénation. Il abolit les frontières temporelles et spatiales, montre le bouillonnement intellectuel et sensible. Elle souligne : « il y a une même façon de regarder le monde qui nous relie… Une attitude à l’égard des autres impliquant un respect et une solidarité humaine qui font défaut aujourd’hui. ». Sa spontanéité et conscience de classe deviennent les bases du Free Cinema, mouvement artistique qu’elle initie avec Lindsay Anderson, Tony Richardson, Karel Reisz. Les partisans du Free Cinema produisent leurs propres films et invitent à les rejoindre tous les jeunes metteurs en scène contre l’impératif de rentabilité et pour leur libre expression.

Elle avance dans ce livre contre ces accusations et pour l’amour fou. D’un amant elle écrit : « Le visage en feu, je lui crie que j’ai énormément peiné pour sortir des ténèbres du Moyen Âge et avoir mes propres opinions, que je n’ai pas la moindre intention de sortir de ma conquête pour avoir éventuellement le plaisir de coucher avec lui. » Son histoire est tragique et sa solitude sans remède, mais elle tient, s’accroche de toutes ses forces.

Sa vie est rythmée par l’urgence conséquente au traumatisme d’avoir échappé à la mort à dix-sept ans. Impulsive et amoureuse elle décide de tourner un film inspiré de La Métamorphose sans jamais l’avoir lu : « Le livre avait bouleversé toute la famille. Moi, derrière la porte, j’écoutais cette étrange histoire de Gregor Samsa, et elle est restée imprimée en moi » et c’est dramatique et fascinant.

jean-paul gavard-perret

Lorenza Mazzetti, Carnet de Londres, traduction par Loiuis Chapuis, La Baconnière, 2025, 152 p. – 19 ,00.

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