Jean Marc Sourdillon, N’est pas là
Bascule et équilibre
Jean Marc Sourdillon n’a jamais la prétention d’écrire (et encore moins de publier) des livres de sagesse ou de philosophie. Il ne donne pas de leçons car il a mieux à faire : s’ouvrir à une recherche ouverte grâce à l’écriture et à l’intérieur de sa vie. Il se laisse guider par l’une et l’autre. Pour le dire autrement, sa vie qui se fraye un passage à travers les résistances de son moi qu’elles modifient. Il s’agit de se traverser soi-même et non pas de traverser les moments de l’existence : ils servent de passerelles.
Et Sourdillon de préciser : « Ce livre se construit comme une suite de chants autour de l’absence. Il en explore l’expérience sous plusieurs de ses formes — le départ, le manque, la disparition ». Le tout sans mélancolie. Le texte découvre que, tout au fond de l’absence, demeure parfois un élan qui relance, très exactement une aspiration qui happe et propulse sous la lame des désirs inconscients. Quant à l’absence – devenue effective –, « elle se fait semblable à un grand puits, à une sorte d’antenne subtile pour écouter la voix qu’on n’entendrait pas sans elle. », ajoute l’auteur.
Dès lors, l’absence ou la disparition proposée à sa réflexion n’est jamais un simple éclair mais ce qu’il nomme — même pour affiner l’exercice de longueur quasi éternel — « un grand instant » jusqu’à la mort et son propre instant. En conséquence, « n’est-ce pas là ? » est ce qui vient dans une sorte d’étale où parfois le temps correspond en espace et le réel à un rêve d’une permanence possible à l’intérieur du temps. Il s’agit alors d’un arrêt du devenir, d’un figement de l’être où l’auteur pousse plus loin les avancées de Proust et de Blanchot.
Si bien que l’instant (de la vie, de la mort) est autre chose. C’est un point de bascule, un point de bascule où l’avenir entre dans le présent. C’est aussi un moment d’éveil là où ne demeure apparemment qu’un « Je-ne-sais-quoi », un presque-rien . Mais l’objet du livre tient de leur donner grâce par la lucidité de l’auteur. Il reste capable de vélocité sans défaillance pour surprendre la petite étincelle, l’élément différentiel, la diaphora infinitésimale. Elle apparaît et disparaît dans la fulgurance de l’instant là où, tel un serpent, l’amour rampe.
jean-paul gavard-perret
Jean Marc Sourdillon, N’est pas là, Gallimard, collection Blanche, 2025, 96 p. – 15, €.