Laure Michel, À la lettre. Représentation et littéralité chez Emmanuel Hocquard et Jean-Marie Gleize
Pourvu que ça dure
D’un tel livre émane un étrange malaise, du fait que l’on retrouve face à Emmanuel Hocquard et Jean-Marie Gleize deux alter ego. Même si en lisant ces deux œuvres on se retrouve face à l’une dans le dos de l’autre. Quant à l’expérience de la littéralité entre deux formes de l’exclusivité de la réalité, elle pose question même si pour les deux poètes le réel n’est que la langue.
C’est donc le sigle de la poésie mais elle est usée – depuis Sade à l’aveuglette, en exfiltrant Hocquard de Gleize dont son titre et son labeur crée(erait) un bain révélateur qui fait le seuil du poétique sans avoir à recourir à un autre être parlant que lui et à se réfléchir ainsi en miroir?
Hocquard avait déjà pressenti la sorte de vie que mène toute langue, et il ne prétend pas la parler en s’auto-générant comme Gleize dont les mots sortent, sinon de son I.A., du moins de son propre logiciel.
Est donc examinée ici une littéralité qui prêche par elle-même. Elle ne mange pas de pain sinon le sien dans des retournements où beaucoup savent d’instinct se rappeler à eux par et pour les liaisons qu’ils entretiennent avec eux.
Avant Gleize, Laure Michel avait déjà formé une telle sapience selon laquelle toute constellation de mots reste dans sa vie mentale. Qu’il influence le réel tient alors d’une astrologie scripturale. Hocquard sort de cette imposture sans les mots-clefs qui chez Gleize deviennent des planètes dont son objectif est de les inventer. La santé de la poésie tient à un autre fond et une autre surface.
jean-paul gavard-perret
Laure Michel, À la lettre. Représentation et littéralité chez Emmanuel Hocquard et Jean-Marie Gleize, Éditions Sorbonne Université, 2025, 399 p. – 22,00 €.