Jean-Claude Bélégou, Solstice
L’ arrière-silence : tout ce qui reste
« S‘il y a quelque chose à dire au sujet de Solstice, c’est qu’il faut regarder ce film comme un ensemble de souvenirs tournés par un amateur (et vraisemblablement amant) du dernier été passé avec celle qui fut vraisemblablement sa compagne (à moins qu’il ne s’agisse d’une pure mise en scène avec une comédienne ?) », écrit Jean-Claude Bélégou plus finaud que jamais.
Son beau prétexte rassemble un lot de bobines d’avant l’ère numérique ou plus exactement une collection d’images sauvées des eaux ou du feu. Reste ici une lettre de rupture, ou d’amour filmique accompagnée de bobines de baignades, jeux d’eaux, cueillettes, siestes, etc… Le tout recollé bout à bout avec quelques sons d’ambiance et quelques paroles qui peuvent être entendues.
De cet arrière-silence se déploie avec subtilité et une étonnante intensité, modale et émotive, l’intimité de l’histoire du susdit amateur stimulé par son montage plus ou moins hasardeux. Et ce, avec une improbable simplicité, entre extase et deuil d’un amour.
Le tout de manière moins lyrique que narrative, presque confessionnelle, logée dans une mémoire partout manifeste dans ce film : la découverte du corps, la sexualité féminine dont dépassent de plus ardentes émotions, la beauté d’une jeune femme et sa fragilité.
Plongeant dans ces extraits dans le passé, celui-ci résonne sans cesse aujourd’hui. Cette poésie des images retrace la jeune fille et lui redonne la parole. L’angoisse et l’incompréhension ne sont jamais loin, mais aussi, naissantes même si les sentiments de l’époque cèdent la place à une espèce de dépassement paradoxal.
Le film se transforme en un don d’amour, réciproque, mémoriel, à honorer, profondément. Bélégou parvient à en dévoiler toutes les strates complexes du haut de sa mûrissante expérience.
L’œuvre devient la réanimation d’un être avec et pour l’autre. L’énigmatique et l’indicible de ce qui fut font retour loin de toute prétention et de tous doutes. L’art des « restes » et leur montage osent compenser, inventer, rétablir, régénérer une liaison élective.
La structure de cette mise en forme répond à sa guise selon une rencontre rêvée. Le passé peut être sauvé par « touches » riches de profondeur qui visent à donner, à ressentir de souples perspectives sur ce qui existait, d’abord sans fin imaginable. De ces perspectives ne reste qu’une rumeur limitée et résiduelle et à jamais naissante.
Demeurent cet arrière-silence, dont les images traquent des mouvements, des rythmes spontanés ou longs, jamais mathématisés, esthétisés. Demeurent des moments délicats, presque indéchiffrables, presque inaudibles qui reviennent chez le spectateur.
jean-paul gavard-perret
Jean-Claude Bélégou, Solstice, long métrage 57 minutes, sonore, autoproduit.
Voir sur le site du phototgraphe jusqu ‘au 24 mars 2026.