Katrien de Blauwer, Single Cuts (exposition)
Montage, démontage : Katrien de Blauwer
Pour la première fois, l’oeuvre de l’artiste flamande Katrien de Blauwer est présentée en France. Maîtresse du « cut », elle décale la vision par ses montages. A la fois conceptuelle et poétique, l’artiste recadre des morceaux du réel par coupes et découpes. Et celle qui n’est pas une photographe utilise des éléments du langage photographique pour transformer leur valeur formelle intrinsèque.
Katrien de Blauwer ne découpe pas en suivant des formes : elle aligne des bandes visuelles afin de créer un monde qui – par un principe abstractif – devient surréaliste. La plupart des parties qui composent la partie figurative sont issues de magazines en noir et blanc des années 1920 à 1960. L’artiste en retient quelques éléments visuels et les valorise formellement par adjonction de pans chromatiques « neutres ». S’engage une nouvelle lecture et des harmonies de niveaux de gris qui se marient avec des tons délavés.
Un tel art minimaliste est proche des démarches conceptuelles des années 60/70 – Gordon Matta et surtout Dan Graham avec ses reformatages de différents types de documents. Se découvre aussi l’influence du cinéma – celui d’Antonioni en particulier mais aussi ceux de Resnais et Hitchcock – dans des corpus intitulés : Darks scenes, Scenes, Single Cuts, Rendez-vous. Ces titres rappellent les principes de montage (entre autres les Jump Cuts) de Godard et une forme d’image-mouvement (Deleuze) à travers la fixité d’apparence.
L’œuvre dégage en outre une sensualité voire un érotisme particulier à travers des éléments physiques qui semblent provenir des héroïnes des films noirs, du Néoréalisme et de la Nouvelle Vague. Silvana Mangano, Monica Vitti ne sont jamais loin comme d’ailleurs les personnages durassiens. L’objectif revient à proposer un « contact » différé avec l’éros plus que de le faire vivre par procuration. Avec ces « cuts », les tabous se déplacent. Ils ne s’effacent pas mais se décalent puisque – et Freud l’avait bien compris – il n’existe pas de spectacle sans frustration. C’est même de là, et paradoxalement, que fonctionne la catharsis…
jean-paul gavard-perret
Katrien de Blauwer, Single Cuts, Galerie Les Filles du calvaire, 17 rue des Filles du Calvaire, 75003 Paris, du 10 mai au 18 juin 2016.