Jérôme Carbillet, La piscine
La quinzaine
Le héros-narrateur est chargé de garder la maison familiale pendant que ses parents partent en croisière en Thaïlande. Dans ce moment de « respir » mélancolique, ses actions s’effacent face à, ses songes aussi creux que piscine.
Néanmoins, ses observations induisent bien des dérèglements. Face à ceux qui perlent du et le monde et le laissent non indifférent mais absent. Il joue le jeu – du moins juste un bout. Et ses projets s’agglutinent et dérivent pour se soustraire au mal vu, mal pris des prosélytes qui lui tiennent plus ou moins compagnie.
Sans être une farce, son journal devient un voyage immobile. Et l’auteur ne participe en rien au consentement des parleurs-relais qui comptent sur la voix de la bêtise de masse tout en s’estimant d’un degré à un autre au statut d’intellectuels. Afin de dire ce qu’il a à dire, et au centre de sa piscine mentale tout tient de l’expression où la langue commune n’est non seulement d’aucune utilité mais elle est même et surtout un obstacle pour un tel narrateur.
Pour écrire, il renverse cette langue de l’autre côté mais l’ouvre à l’expression vive et vitale d’un certain délire. Le narrateur se sent beaucoup plus proche du parler vivant que des locuteurs innombrables dont les mots ne régénèrent rien. Il fait ce qu’il peut et même des grillages au besoin et invente une langue animée pour inventer la sienne.
Le héros semble presque pouvoir dire ce qu’il doit dire, selon des visées d’abord matérielles mais aussi dans un imaginaire en marge et en ritournelle un peu comme en train d’écrire une berceuse d’enfant mais écrite à « voix » basse pour joindre l’indicible, loin des violence communes.
Mais après tout, « La piscine » est le lieu du chlore mais surtout du sacrifié dont le corps s’éloigne de ses riches blindés aux as et bourreaux du possible. Et par sa manière, le voici nouvel avatar de l’étranger de Camus.
jean-paul gavard-perret
Jérôme Carbillet, La piscine, éditions Tarmac, avec une image d’Eugène Shadko en couverture, 2026, 46 p. – 12,00 €.