Jehan van Langhenhoven, Vêtures évidentes du vide (manifestation lyrique du naufrage)

Jehan van Langhenhoven, Vêtures évidentes du vide (manifestation lyrique du naufrage)

Voici le testament de Jehan van Langhenhoven : « La pente se fait de plus en plus rude. Et ma chaîne n’en finit plus de sauter. » Mais un tel créateur sauve les meubles. Et bien plus. Il ne perd pas son braquet par son écriture aussi musclée, tendue que sobrement perfide. Bref, le saut n’est pas (encore) celui de la mort. Va pour la petite. Il suffit d’être « fidèle au rendez-vous, la serveuse aux jolis seins de la porte des Lilas». Elle lui sourit encore découvrant non seulement sa poitrine mais « ses panthères, ses oiseaux ». Ce sont des parenthèses inspirées pleines de secrets et de vertiges.

C’est pour le poète – et on l’espère parfois pour nous – un luxe et l’impromptu avant notre chute. En conséquence, voici dans ce livre une manière de « membrer » le vide (et pas que) en sachant monter l’ » échec (voluptueux) de la parole ». Reste pour le poète l’innocence d’être et qu’importe si sa biographie est un leurre et sa bibliographie un alibi. Avoir fait d’une telle vie son œuvre est immense et ses victimes innombrables, aux « tripes échevelées en route depuis la vallée du Néander ».

Dès lors – juste récompense –, Jehan van Langhenhoven est devenu « l’homme à la mâchoire la plus convoitée du monde », d’autant que chez lui « chaque molaire recèle ce que les poètes n’oseront jamais »: à savoir « des vêtures évidentes du vide , là où le brame du poète est venu du groin. Qu’importe si « le vide est mot-valise ses voyages sans retour » dont les burins fous (qui se taisent enfin) gravent la lancinante anamorphose comparable au souffle de l’orgue « des ablations fatales » : dès qu’un homme du Body-God endosse la robe plus féline que celle des panthères, il invite à nous saisir des transparences.

Que voyons-nous ? L’auteur nous le montre telle « la voyouse des très riches heures perchée sur le capot de la Rolls » . L’auteur nous fait valser au grand bal des amours perdus sous la boule aux mille facettes dont quelques tôles ondulées rappellent qu’une telle « la femelle du rat » devient la maîtresse incontestés des hypocondriaques des terres australes et d’ici. Dès lors, ce livre par et pour l’humour devient l’organe clef de la poésie.
En conséquence, écrire n’est pas que dire : c’est franchir et ajouter une marche à l’inconnu. Et ce, en déshabillant les mots de leurs robes usées, afin qu’un tel langage invente des aventures sémantiques. Le tout sans concepts ni dieux, ni origines pour que file la chimère.

jean-paul gavard-perret

Jehan van Langhenhoven, Vêtures évidentes du vide (manifestation lyrique du naufrage), Editions de L’Asymétrie, 2026, 96 p.

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