Jean-Pierre Otte & all., Abécédaire de l’amour occasionnel

Jean-Pierre Otte & all., Abécédaire de l’amour occasionnel

Dans les livres de ou sur les amours, il faut se laisser porter par elles, leurs courants (souvent alternatifs). Les milliers de mots qui en sortent semblent émaner d’esprits verbaux ou de chantres verbeux des jardins de la connaissance des éthers. Pris dans leur tambouille, surgissent les bouillonnements où l’amour devient un pays merveilleux quand, et au besoin (car il y en a beaucoup), la joyeuse fébrilité verse parfois dans l’angoisse et la cruauté.
Hôte, otage d’une telle donnée fondamentale du sentiment, le prince des poètes ne joue pas le liftier des amours même s’il s’en régale, mettant la barre basse et autour. Lucide, il a choisi le circonstanciel : d’abord en parlant de l’occasionnel quels qu’en soient actrices et acteurs et aussi choisissant plutôt que des prosopopées (sinon de son introduction) l’abécédaire.

Certes, Jean-Pierre Otte est un sacré farceur : mettant bien des bâtons dans l’amour temporaire dès le début, il finit quasiment par un éloge du degré zéro du fini par un infini qui, dans ce cas, le sous-entend. Didier Ayres, Marie Hélène Prouteau, Miette Ronday et même Tardif nous transportent (amoureusement) alors vers une autre langue, un univers du lapsus que l’on finit par comprendre comme s’il était maternel.
En résumé, d’occase, l’amour s’éparpille en un sac de mille semailles. Et ce qui est semé en mépris ressuscitera en gloire. Par les mots d’amour, les corps tapissent leur pulsion comme l’illustrent Sylvie Fabre G, Yves Arauxo, Valéry Molet. Nous reprenons conscience (enfin presque) que le langage n’est pas une chaîne de concepts mécaniques mais un fluide, une danse, une matière vive.

Nous voici visiteurs des ateliers de tel(le)s patronnes et patrons du sentiment et de son corps où se recouvrent bien des traces. Dans leurs textes se dessinent, au cœur de l’abstraction, des sortes de formes humaines avides de déformations métaphysiques.
L’abécédaire représente un dessous des cartes de la matrice temporelle où l’amour est plus qu’esquisse du réel animé par des traces sensuelles. Certain(e)s auteur(e)s s’y s’agrippent comme à des planches de salut : leurs jeux de miroir nous font chavirer, médusent notre radeau. S’engendrent à leur surface des sortes de trompe-l’œil dans des battements cérémoniels de ce qui à la fois déborde ou fait repli.

Dans un tel livre voici l’auteur capable d’évaluer nos forces, nos faiblesses, notre violence, notre envie. De telles « prises de vue » nous mettent en aptitude de voir l’impossible et de découvrir divers plans de ce qui reste un moment d’ellipses et de laps. Mais c’est une substance. Il faut alors parler de partitions de lumière et d’ombre dans ce qui tient à la fois de l’épaisseur, de l’union et de l’exclusion. Nous pouvons ici et grâce à Otte sacrifier au principe même de l’anamorphose dont le « patron » de l’amour reste après tout une ébauche qui, parfois, invite à la débauche, voire à la consternation, au dépouillement voire jusqu’au « dam de la libido » (Valery Molet).

Jean-Pierre et Otte & all., Abécédaire de l’amour occasionnel, Edition A L’Index, coll. Empreintes, 2026, 100 p. – 14,00 €.


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