Jacques Saussey, La Mort qui tue tout bas
Une enquête hors norme sur deux continents
À Lyon, en août 2026, un Russe désagréable prend possession de sa luxueuse suite. Il est très satisfait car ses affaires sont florissantes. Alors qu’il ouvre la porte, il reçoit une fléchette dans le cou. Même en se ruant, il ne trouve pas le lanceur. Il regagne sa suite en ayant du mal à respirer. Juste avant de perdre connaissance, il aperçoit une ombre. Une douleur atroce à la gorge lui permet de retrouver l’usage de ses poumons. Il est traîné dans la salle de bains car il a une histoire à raconter.
Paul Kessler répond à l’appel d’Erika Schaeffer, la cheffe de la Crim’ lyonnaise. Elle lui demande de travailler sur le meurtre de ce Russe, mort… de froid dans sa baignoire après avoir été paralysé au curare. Le milieu où évoluait ce défunt touche à l’extraction de l’or.
Pascal Vernier est à la retraite après avoir enseigné le français en Guyane pendant toute sa carrière. Il a choisi la Savoie et mène une existence solitaire. Il meurt selon les mêmes modalités que le Russe, entendant l’ombre dire, quand il est dans la baignoire : «Je suis le bras armé de la vengeance. Je suis venu réclamer mon dû ».
Paul Kessler va enquêter vers Genève, siège de la société du Russe alors que, pour répondre à la demande, c’est Alice Pernelle que son commandant envoie en Guyane. Et là, dans ce territoire où la fièvre de l’or…
C’est la troisième enquête que mène Paul Kessler comme retraité. Ancien patron de la Crim’ de Lyon, il répond aux sollicitations de celle qui lui a succédé et dont il fût l’amant quelques années.
Alice Pernelle, cette jeune lieutenante de la gendarmerie d’Albertville, est mobilisée pour la seconde fois.
Un des intérêts du roman est la mise scène de ces deux enquêteurs. Kessler effectue comme détective privé, pour le compte de la veuve et de l’entreprise qui employait ce défunt, alors que Pernelle retrouve la brigade de Cayenne avant de s’engager sur le Maroni pour aller au collège où enseignait le professeur. On suit les progrès de l’un et de l’autre jusqu’au moment où ils vont unir leurs sagacités.
L’intrigue est prenante, particulièrement mouvementée, menée avec un grand savoir-faire et une belle maîtrise de l’art narratif. Jacques Saussey fait visiter une Guyane peu connue, un territoire où la loi de la jungle (au-delà de l’image) est bien réelle. Remarquablement documenté, ce récit montre un pays où existe une guerre totale entre soldats français et orpailleurs clandestins. Ceux-ci polluent le territoire avec les produits nécessaires à l’extraction de l’or. Mais il détaille également les dangers naturels représentés par une faune pléthorique en la matière depuis l’omniprésence des moustiques, des mygales, pumas, caïmans… C’est aussi, avec le Suriname tout proche, les trafics de toutes natures, les luttes contre des gangs qui n’hésitent pas à détrousser, rançonner, terroriser.
L’auteur explicite le travail de ces orpailleurs, les conditions terribles de transfert, d’acheminement de cette richesse qui attise toutes les convoitises.
Jacques Saussey, qui signe avec ce titre son dix-neuvième roman, est devenu depuis longtemps une figure incontournable du thriller français. Mêlant avec bonheur une belle description de ces territoires, il donne un récit au rythme soutenu, une action omniprésente, mené par un duo particulièrement attachant jusqu’au twist final.
serge perraud
Jacques Saussey, La Mort qui tue tout bas, Fleuve éditions, septembre 2026, 448 p. – 21,95 €.