Jacques Cauda, Ris amers

Jacques Cauda, Ris amers

Damien Paisant est auteur, poète, comédien et artiste visuel et sonore basé à Paris. Il a notamment publié Absent Présent (Éditions Abordo, 2017), CRI (Éditions Bruno Doucey, 2020), Cogne (Sans Crispation Éditions, 2022) et Cet Autre (Éditions Pétra, 2026). Son travail explore les questions de la filiation, de l’absence, de l’adresse et de la mémoire à travers l’écriture, la voix, la performance et la création sonore.

D’emblée, la marche me remue. Elle frappe le jour de ses « mots sales », à poil de douleur, sublimée par son usure.
Les pas du narrateur nous appellent. Ils foulent avec une certaine grâce, la terreur ambiante mais insidieuse, alimentée par un grincement ivre.

Ça cogne d’expressivité, si j’ose dire. Le corps est compressé. L’âme respire un peu de sa jouissance. On déambule d’issues en issues ratées, délabrées. L’égarement a des relents de carnassier. L’os défouraille : il y fourre son nez et raille le monde d’ « une vérité crasse et splendide ». Un flair de chien caracole en bête à force de s’égosiller, tête la dernière, le rut en premier pour vivre la charogne !

Le cri s’aspire dans un trou obscène. Il s’arrache comme on défroque un dieu livré au nerf taupé. Le fouineur fourre par en dessous, saigné par le vent. L’ivrogne de sa plaie charbonne debout en furie véloce : il allume le gouffre.
Faut-il baiser sa joie pour tromper sa misère, se demande-t-il peut-être, dans un rire qui veut comme lui trouer son réel martelant des cadavres sans vergogne.
Sur les pas d’un condamné à vivre sa dérision, on ne voit qu’un désert en train d’étouffer le chant des promesses.

Chaque jour est une aubaine pour dépiauter son moi de l’affre fendeur. Ça gueule et ça grince, le feu aux meules d’un fou.

Doit-il retenir le glaive pour se retenir d’expirer ?

Le monde nous fait porter ses litres de sueur,
tu peux toujours t’exciter, il y aura toujours un néant frigide pour t’exporter,
la nuit, contre les murs, cette espèce de fléau flétri.

Chaque marche est un déballement du cœur où creuse la fièvre. Ça tremblote toujours par en-dessous.

Un air de feu-follet inhabité lui rappelle toujours son rire suspendu à sa piteuse éternité.
Chaque pas vient ruiner ses tares de « gambadeur de palier » qui piétine le silence arrogant des heures emmurées où s’enfièvre la voix d’un corps-sans, cette amorce-camisole scrutée d’en haut pour une descente viscérale !

Jacques Cauda, Ris amers, Éditions Rafael de Surtis, 2026, 68 p. – 17,00 €.

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