Hamlet (William Shakespeare / Johan Simons)
© Ju Bochum
avec des extraits de Hamlet-machine de Heiner Müller
Hamlet en suspension
Pendant l’installation des spectateur(rice)s, les comédien(ne)s, assis au bord du plateau, échangent entre eux, comme s’il y avait continuité entre la troupe et le public. Quand toutes et tous reviennent, c’est pour dévisager, en rang, immobiles, la salle ; puis, un par un, ils descendent, s’asseyant au premier rang. Le premier monologue est issu de Hamlet-Machine. Le fantôme du roi parle alternativement par la bouche de son fils et par celle d’Ophélie. La scène du poison donne lieu à un phénomène d’hystérie collective. Entre la vie et la mort, Hamlet semble se jouer du sort qui lui est échu, mis en valeur par la répétition du motif jeté comme un cri : “il est seul”. La scène dans la scène donne lieu à un ballet de sons et de lumières qui viennent confondre les deux souverains. C’est un règlement de compte intellectualisé, qui s’achève par une hécatombe : les deux rivaux s’entretuent, tandis que le couple royal est pris à son propre piège.
Le décor est constitué d’un grand réceptacle blanc, entouré de boules noires – comme des projectiles prêts à l’emploi – surmonté d’un mobile auquel pendent d’un côté une grande plaque de cuivre, de l’autre une sphère de lumière. L’ambiance musicale est électronique et métallique ; elle fait écho à l’atmosphère irisée et tendue qui se déploie dans l’espace vide. Il en est comme si les comédiens devaient mettre en scène leur propre rôle.
On assiste à une tentative de rendre l’histoire prosaïque, comme une intrigue de cour, entrecoupée de répliques et de comportements incongrus, comme pour en désamorcer la célébrité, en faire entendre la crudité. Neils Simmons dispense l’énergie en fonction des situations, sans l’attribuer à des personnalités. Il s’agit donc de présenter une épure qui conduit les intervenant(e)s à porter leur texte à bout de bras, comme si leurs lèvres timorées n’y suffisaient pas.
Une fresque acérée, électrique et tellurique, pour une représentation puissante, incisive, mémorable.
christophe giolito
Hamlet
de Shakespeare
avec des extraits de Hamlet-machine de Heiner Müller
Mise en scène Johan Simons
Avec Sandra Hüller, Stefan Hunstein, Mercy Dorcas Otieno, Bernd Rademacher, Dominik Dos-Reis, Gina Haller, Konstantin Bühler, Victor Ljdens, Alexandre Wertmann, Jing Xiang, Ann Göbel.
Adaptation Jeroen Versteele ; costumes et scénographie Johannes Schütz ; musique
Mieko Suzuki ; assistant musique et conception sonore Lukas Tobiassen ; directeur du son Will-Jan Pielage ; lumières Bernd Felder ; dramaturgie Jeroen Versteele ; assistante dramaturgie Felicitas Arnold ; traduction Angela Schanelec et Jürgen Gosch et Jean Jourdheuil pour Hamlet-Machine ; musicien Lukas Tobiassen.
Au Théâtre Nanterre-Amandiers, 7 Avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre,
du 11 au 15 mars 2026, Grande salle, durée 2h15. 01 46 14 70 00.
Les 11 et 12 mars 2026 à 20h, le 14 mars à 18h, le 15 mars à 15h.
Spectacle en allemand surtitré en français. Durée : 2h30 (avec entracte).
https://nanterre-amandiers.com/evenement/hamlet-shakespeare-2026
Avec le soutien de l’association Freundeskreis Schauspielhaus Bochum e. V.