Guillaume Basquin, Tweet n°1 – Classé X
L’œuvre au noir et sa lumière
En héritage du Paradis de Sollers (son plus beau livre), Guillaume Basquin fait éclater le discours littéraire dans un corpus compact ignorant points, virgules, etc. S’y joue le jeu du monde « dans le ciel de la démesure à partir du lieu premier : « au commencement n’était ni le Verbe ni l’image au commencement était le tweet & Dieu vit que c’était bon le x était partout cui-cui & même si le petit oiseau bleu s’était envolé »« . Exit le cogito de Descartes et autres piliers desdites sagesses.
Le livre est fondu au noir, aussi paradoxal qu’il puisse paraître. Comme Dante, Basquin n’est pas un poète de l’imagination mais des rapports entre les choses. Le tout dans un effort carnavalesque pour déchiffrer la réalité là où une telle œuvre n’est plus détachée de l’existence.
Guillaume Basquin marche et piétine sur la vie : il a successivement marché sur les plates-bandes de créateurs et y rencontre au besoin phallus et Comtesse X, donc sous X comme un film du même nom. De ses compatriotes, l’auteur poursuit ce que certains estimeraient (à tort) un délire verbal et physique.
Affirmant continuer la guerre par d’autres moyens, son « texte-limite » accueille « tous les mots en x bizarres comme par exemple xénarque qui était le commandant d’une xénagie soit d’une phalange de mercenaires étrangers dans l’antiquité grecque ». Lui-même en est un pour dire le monde anormal et concentré en très peu de mains.
Voici en quelque sorte un livre phalange et machine, fourmillant, riche, obtus plus ou moins affirmé (en habile créateur) « sous x », qui semble s’écrire tout comme les bandes de celluloïd d’un film qui se dévideraient comme des bandelettes Velpeau.
Sous symbole de téléscripteur, le livre accumule les folies d’un verbe libre qui rappelle Paradis (déjà cité) et Télex n°1 de Jean-Jacques Schuhl. Ici, tout se prête à croire, à proliférer et « envahit la tête pour devenir teXte » qui au besoin parfois pratique biffes et chiasmes optiques pour renverser le monde perçu. Rien de plus puissant qu’un tel livre. Le roman devenu Tweet fait de son genre le plus beau des « mononstre » (Chr. Prigent).
jean-paul gavard-perret
Guillaume Basquin, Tweet n°1 – Classé X, Tinbad, Paris, 2025, 12 p. – 16,00 €.