Alain Blondy, Marie-Caroline d’Autriche. Reine de Naples et sœur de Marie-Antoinette
Un bien étrange destin en vérité
Eclipsée par sa sœur, la célébrissime reine de France Marie-Antoinette, Marie-Caroline n’en mérite pas moins une belle biographie, à l’image de celle écrite par Alain Blondy. Elle aussi fille de la grande Marie-Thérèse, elle devint reine de Naples par son mariage avec le peu reluisant Ferdinand IV, avec lequel elle forma un couple très particulier… Bien qu’échappant au destin tragique de sa malheureuse sœur, elle subit néanmoins les affres de la Révolution française, puis du Premier Empire, lesquels balayaient les trônes, dont celui de Naples : à deux reprises, Marie-Caroline connut l’exil.
Politique, cette reine le fut, et bien plus que Marie-Antoinette. D’abord proche des réformistes et des francs-maçons, elle prit la Révolution régicide en horreur et en combattit les idéaux avec toute la force de son caractère bien trempé ! Sa haine des Français et des révolutionnaires n’eut alors plus de limites. Son rejet de l’élite éclairée, séduite par ces derniers, fit de la souveraine l’idole du petit peuple de Naples, attaché à ses traditions à sa dynastie.
Politique, Marie-Caroline le fut aussi dans son œuvre diplomatique puisqu’elle joua un rôle majeur dans l’évolution du royaume de Naples, coupant les amarres avec l’Espagne des Bourbons (Charles III était son beau-père) pour mieux le rapprocher de Vienne et surtout de Londres, voire de la Russie. Elle sut mettre en avant la valeur géopolitique de son Etat pour jouer un rôle sur l’échiquier international d’une Europe en plein bouleversement. La participation napolitaine aux coalitions contre la France lui doit beaucoup.
Cela étant, l’auteur ne cache rien des défauts de cette reine volcanique, versatile, passionnée, emportée, émotive et narcissique, cyclothymique. Autant de faiblesses qui finirent par l’isoler, la faire détester, l’enfermer dans une solitude politique et personnelle dont elle ne sortit pas au soir de sa vie. Un bien étrange destin en vérité, que révèle en effet cette passionnante biographie.
frederic le moal
Alain Blondy, Marie-Caroline d’Autriche. Reine de Naples et sœur de Marie-Antoinette, Perrin, janvier 2025, 448 p. – 25,00 €.