Didier Ayres, Sphère

Didier Ayres, Sphère

Le poétique est souvent affaire de bon esprit et de sensiblerie ( parfois pop et bon marché), révélant soit le désir de transporter ou déranger le lecteur, soit de provoquer en lui un petit sourire de contentement sans pour autant le freiner dans son engloutissement quotidien. Toujours est-il que Didier Ayres change la donne – et de loin. Disons que sa poésie n’est pas qu’une pratique de bien-être associée à la culture « healthy » et ne risque pas d’amener à un devenir « selfique » à la poésie.

Sphère est, sinon féérique (mais pas loin), du moins d’une errance et d’une expérience néo-surréaliste dans ce genre : au poème succède un autre poème dans un mouvement de volute, en un cercle des temps où l’enfance reste néanmoins principalement le lieu primitif et, dans ses anecdotes verbaux, se trame un tissu précaire : « Les felouques qui sont-elles / L’énigme des cours d’eau ? ». Mais les questions restent ouvertes au nom souvent de l’angoisse et de la mort.

Toutefois, si la vie semble céder dans sa nullité et sa peur, Didier Ayres connaît sa musique des mots et syntaxe : quelque chose vibre en eux de l’ordre d’une chair ou d’un (mauvais) sang que l’on reconnaît parfois chez un tel auteur semblable et frère revenu ni de rien, ni du tout mais de l’essentiel. Si bien que le poète devient un Rolling Stones mais il y a mille fois plus de richesse verbale chez lui que chez Jagger et Richards. Car Ayres cherche chaque fois un peu plus loin les mots importants même s’ils tardent.

Le mouvement de Sphère est important : la poésie ici biffe les mots qui immobilisent dans une répétition, ou dans une véritable débâcle de nous-mêmes. A l’inverse, Ayres propose une mise en scène de soi assumée et travaillée plutôt qu’un autoportrait. Une telle poésie ne disparaît pas car par les mots se réinvente un travail du visible.
Didier Ayres a trouvé un régime d’existence à laquelle que la forme à elle seule revient discrètement par une sorte d’avant-garde, héritier évidemment du surréalisme cité plus haut. Il remue en une fantaisie verbale mais qui s’approche de plus en plus de nous. Preuve qu’il existe aussi là des traces d’un Lautréamont plus que de Breton.

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Didier Ayres, Sphère, Editions La rumeur Libre, 2025, 128 p. – 18,00 €.

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