Guillaume Basquin, Tweet n°1 – (Classé) X

Guillaume Basquin, Tweet n°1 – (Classé) X

Ce qui est frappant quand on parcourt le dernier livre de Guillaume Basquin, c’est la compacité – densité – de l’écriture, qui oblige l’écrivain à intensifier son propos en même temps qu’il lui faut rendre accessible les idées et les images du texte. C’est une gageure de tenir en haleine le lecteur le long de 10 twetts cohérents et structurés. Je dis Twetts et non Tweets car je pense davantage au chant de l’oiseau (ses trilles) qu’à la nouvelle orthographe qui confine le réseau social de Musk aux quasi dernières lettres de l’alphabet. Je préfère le chant à l’Inconnu.

Ce livre illustre bien cette citation tirée d’Héraclite : « Nous nous baignons et nous ne nous baignons pas dans le même fleuve ». Ici, le fleuve c’est le data, l’information, la circulation de présences spectrales, anecdotiques, fluantes, floues, liées à des intérêts économiques, à l’écriture d’un monde nouveau qui n’est qu’un monde ancien. Là, la compacité de ce livre reflète nettement cette brutalité qui devient une poétique de cette ivresse du sens et ses cavalcades de signes.

mon écriture est une écriture par condensation : accumulation d’énergie teXtuelle sur une surface carrée sa lecture devient le geste de son écriture dépassement de l’art littéraire – contre l’infime dedans l’infini dehors le cinématographe c’est la résurrection des corps dans l’espace revenus de leur trajectoire démembrée Lazare lève-toi ! 

Il y a de La Société du spectacle dans la revendication idéologique de l’auteur, il me semble. En tout cas, en regardant juste l’usure des mots comme Histoire ou Spectacle, que l’on pourrait remplacer aujourd’hui par Temps et Récit. Nous sommes donc dans une théorie politique, dans un livre de fiction politique, une politique-fiction, une anticipation poétique.

à l’époque de télex n°1 c’est-à-dire dans les années 70 du vieux 20e siècle tout bougeait & était hyper-mobile les rouleaux de téleX annonçaient les nouvelles de l’AFP les hausses de taux A.K.Z.O.

On peut donc dire que cette écriture continue n’est pas verbeuse, elle est plus éprise de simplicité, d’une espèce de principe mallarméen, une essentialisation de la langue que d’une intensité sans vie. C’est une vision du monde. C’est l’angle d’un regard. C’est une réalité « géopsychique ». Ce livre nous révèle un monde cadré, corseté, pris dans une armature, un texte tenu juste assez pour couturer notre époque, se glisser dans une promesse.

je suis aussi un fakir eXpert en incantations abracadabrantesques telle est la tentation de saint Guillaume l’homme qui noue des nœuds magiques celui-là sera loué dans les siècles & c’est pourquoi je tisse un tapis d’une merveilleuse compleXité chaque chapitre de mon livre vaut pour le tout parfaite synecdoque.

Guillaume Basquin, Tweet n°1 – (Classé) X, Tinbad, Paris, 2025, 120 p. – 16,00 €.

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