Franz Kafka, Le Verdict

Franz Kafka, Le Verdict

Kafka a écrit Le verdict dans la nuit du 22 au 23 août 1912. Et l’auteur de préciser dans son Journal : «Je suis resté si longtemps assis que c’est à peine si je puis retirer de dessous le bureau mes jambes ankylosées. Ma terrible fatigue et ma joie, comment l’histoire se déroulait sous mes yeux, j’avançais en fendant les eaux. À plusieurs reprises durant cette nuit, j’ai porté le poids de mon corps sur mon dos » et Kafka d’ajouter : « Quand la bonne a traversé le vestibule, j’écrivais la dernière phrase.»
Ce fut pour lui une nuit infernale d’accomplissement et de création là où ce récit est sorti de lui « comme une véritable délivrance couverte de saletés et de mucus », ajoute-t-il dans son Journal. En cette édition, le lecteur (re)découvre cette nouvelle d’une vingtaine de pages et ses circonstances. Existe là une révélation ou une grâce qui conforte Kafka dans sa vocation, dont il attendra l’identique récidive, l’intensité d’un basculement, d’une première fois, ne se retrouvant jamais.

Les éditions de Minuit proposent un volume qui se scinde en deux parties : une nouvelle traduction de Das Urteil (une dizaine ont déjà été proposées en français), suivie d’une postface : « Le vrai, le pur, l’immuable » de son traducteur Jean-Philippe Toussaint. Il s’explique sur la nécessité ressentie et les difficultés inhérentes à ce geste : (re)traduire, soit quasi adapter. « Ce qui importe alors, ce n’est pas tant de restituer un texte mot à mot, c’est d’apporter une nouvelle vision de l’œuvre. », dit-il.
Ce désir réside dans le besoin de comprendre mieux l’une des phrases centrales, terrifiantes, du texte, une image cauchemardesque : la surrection du père de Georg Bendemann hors de son lit. Jean-Philippe Toussaint nous fait part de quelques-uns de ses questionnements ou déchirures qui accompagnèrent son travail. Et ce, jusqu’à la traduction de Das Urteil : « le jugement », « la sentence », voire « la condamnation à mort ». Comment ne pas penser aussi à l’inachevé Procès ? Toujours est-il que, de cette nouvelle, Kafka avoua à Max Brod : « Sais-tu ce que signifie la phrase finale ? J’ai pensé en l’écrivant à une forte éjaculation ? ».

Toussaint a dû y réfléchir beaucoup pour s’efforcer d’en découvrir les implications secrètes. Et d’ajouter : « J’ai senti, j’ai ressenti que dans cette dernière phrase du Verdict rôdait la présence de l’infini. »

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Franz Kafka, Le Verdict, traduction et postface de Jean-Philippe Toussaint, Éditions de Minuit, 2025, 48 p. – 5,50 €.

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