Francis Gonnet, Une beauté tremblante
Précieuse fragilité
Le recueil est exclusivement constitué de quintils. De courts poèmes donc, comme si la beauté qui en constitue le thème requérait légèreté et concision. L’exercice de style se doit d’être impondérable, le lyrisme ne souffre pas qu’on s’attarde.
Ainsi l’écriture permet-elle de saisir, au détour d’une strophe, l’image furtive à même de nous émouvoir : « Le soleil cintre la feuille / à bout de sève / L’amer se dilue / dans ce peu de ciel / qu’un sourire inonde ». De strophe en strophe, les métaphores insistent afin de cerner, de manière apophatique, l’essence subtile qui nous éblouit. Les images se succèdent et nous apprennent que la beauté affleure à la surface du monde, pour peu qu’on sache la voir : « Sous les chemins terreux / on découvre / à l’ajour des pierres / la beauté / des mousses généreuses ».
Au mitan du livre, la force des poèmes s’agrège autour d’infinitifs qui sont autant de désirs en puissance. L’humilité prévaut au point que pour un peu le sujet presque s’effacerait : « Creuser l’humus / au plus pauvre de soi / Parvenir au seuil / d’une beauté / féconde ». On comprend qu’au cœur du texte nous atteint ce qui tremble et remue, et qu’y règne la fragilité car « Il ne faut qu’un souffle / pour ébranler la lumière ».
Cette fragilité cependant est précieuse, semble nous dire le poète : elle fait naître l’élan qui met à notre portée la beauté.
sebastien souhaité
Francis Gonnet, Une beauté tremblante, Éditions du Cygne, 2026, 54 p. – 12,00 €.