Maria Cristina Carlini, Materie vivante (exposition)
Matière et mémoire
Maria Cristina Carlini est l’une des artistes les plus influentes de la sculpture italienne contemporaine. Sa carrière artistique a débuté au début des années soixante-dix à Palo Alto, où elle s’est d’abord consacrée au traitement de la céramique Par la suite, elle a utilisé différents matériaux – notamment la faïence, le fer, l’acier, le bois récupéré et le papier –, développant un langage original fondé sur la relation entre matière, mémoire, nature et transformation.
Au cours de sa carrière, elle a créé des sculptures monumentales ainsi que des œuvres moyennes et petites, aujourd’hui présentes dans de nombreuses collections publiques et privées en Europe, en Amérique et en Asie.
L’itinéraire de cette exposition relate deux œuvres monumentales de l’artiste, conçues comme des présences en dialogue avec l’architecture du Palazzo Reale et de ses espaces extérieurs. Bosco (2012) est une sculpture qui se compose de 19 éléments de fer disposés en spirale, comme un organisme en croissance qui invite le regard à passer du bord au centre. Le choix du métal – résistant mais exposé à l’oxydation – rend évidente la poétique de Carlini : des formes essentielles qui conservent traces et souvenirs. L
Philemon et Bauci (2021), situé dans le jardin, est une œuvre qui juxtapose du bois récupéré, du fer et de l’or, soulignant la fragilité et la durabilité, la mauvaise qualité des matériaux et la préciosité. Le titre fait référence au mythe raconté par Ovide, une histoire d’accueil et de fidélité qui ici devient une métaphore du soin : pour l’autre et pour le monde naturel. « Ce travail découle de la nécessité de condenser passé et présent », souligne l’artiste.
Le bois récupéré témoigne d’une expérience antérieure, tandis que l’acier est davantage proche d’une idée de technologie et de contemporanéité. Et Maria Cristina Carlini précise : » Dans mon expressivité la durabilité n’est jamais une hypothèse idéologique ni une intention programmatique, mais le résultat naturel d’une relation profonde entre l’artiste et le matériau ». Les œuvres deviennent ainsi des dispositifs de réflexion sur les grandes questions existentielles et sociales du présent.
jean-paul gavard-perret
Maria Cristina Carlini, Materie vivante, Palazzo Reale, Milan, du 1 er juillet au 20 août 2026.