Florence Medina, Maman, le loup m’emporte

Florence Medina, Maman, le loup m’emporte

Ce troisième opus de la nouvelle série des Éditions de l’aube, créée et dirigée par Michèle Pedinielli, relate de façon peu commune, sous la plume de Florence Medina, une affaire qui a fait sensation.

En mars 1840 dans la maison des morts de l’île de la Cité, le corps d’un garçon de dix ans, le crâne défoncé, presque décapité, est exposé à la vue d’un public nombreux. Personne ne sait qui est celui que la presse a surnommé L’enfant de la Villette.
Ce garçon a été assassiné par Pierre-Vincent Eliçabide, une trentaine d’années.
Né dans la pays basque dans une famille de modeste négociant, il fait preuve, dès ses dix ans, d’une intelligence qui le fait remarquer par les religieux qui veulent en faire un prêtre. S’il entre au séminaire, il ne trouvera pas sa place tant il est orgueilleux. À vingt et un ans, ses supérieurs lui conseillent de passer quelques années dans le monde. C’est ainsi qu’il devient précepteur puis prend la direction de l’école primaire qui vient de s’ouvrir à Notre-Dame de Bétharram. Il y rencontre Joseph, le fils de Marie Anizat, une jeune veuve qu’il va fréquenter.
Mais son ambition le pousse à partir à Paris où il va vivoter bien qu’il écrive le contraire. Et c’est en revenant avec l’enfant qu’il a été chercher, promettant à sa mère qu’elle viendra avec sa petite fille très vite, que…

Dès le début, l’auteure propose un récit qui n’est pas une simple reconstitution historique. Elle donne un ton particulier avec sa description de cette maison des morts où le public allait comme au spectacle. Puis elle dévoile le meurtrier et entre dans sa personnalité. Elle propose une plongée dans la psychologie du personnage, s’appuyant sur le contenu du mémoire écrit par le meurtrier pour le tribunal.
Le contenu du livre n’est pas orienté sur la découverte du tueur mais sur la description de son parcours et sur ses motivations. Florence Medina retient un mode narratif assez exceptionnel dans la mesure où elle s’adresse au coupable, le tutoyant, l’accusant. Elle part dans des apartés personnels, familiaux, gardant toutefois un lien avec l’affaire, la ville de Bordeaux étant un point commun.
Différents thèmes émergent du récit. Celui du mal inscrit dans les gènes des certains individus, des gens qui ne sont pas à priori des marginaux au sens physique du terme. Mais la personnalité profonde d’Eliçabide nourrit une telle disposition. C’est également la fascination pour le fait-divers, cette fascination que savent si bien exploiter certains médias modernes.

Magnifiquement documenté, illustré avec portraits, articles de presse, Maman, le loup m’emporte, est un récit en tension, troublant, d’une grande force narrative avec ce ton particulier qui fait entrer dans la psyché de l’individu.

Florence Medina, Maman, le loup m’emporte, L’aube, série L’affaire qui…, août 2026, 192 p. – 12,90 €.

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